30 décembre 2010

Réflexion...




Vivre, c'est s'adapter




Ce matin même, alors que le jour se levait à peine, un intime partait à l’étranger pour un séjour de quelques mois. Nous avons éprouvé, de part et d’autre, un serrement au niveau du plexus solaire et de la gorge. Un stress. C’est l’effet du changement. La nécessité de s’adapter.




Le changement est renouvellement, certes. Mais aussi rupture. Le changement est stimulation, mais il suppose toujours une certaine insécurité.

Il n’y a guère que le sein de la mère que l’on perçoit comme le lieu de la sécurité. Mais, même dans le sein de la mère, la sécurité est illusoire. S’il est un lieu où le changement est systématique, c’est bien là... De la conception à la naissance, le changement est pour ainsi dire de l’ordre de l’absolu. Il est vrai qu’on n’en a pas conscience.

Le changement appelle l’adaptation. Vivre c’est s’adapter au changement auquel on est soumis à chaque instant. L’organisme est essentiellement un système d’adaptation. Rien qui ne soit stable. Il faut avancer en passant d’un état à un autre : avancer comme sur un fil en s’employant à garder son équilibre.

Cesser de s’adapter, c’est mourir.

À chaque instant, je ne suis pas le même. Et les autres, pas davantage. Il faut aller avec. À chaque instant, le monde change. Il faut aller avec. Il arrive que, sur le coup, on résiste. On en vient parfois à éprouver une fatigue, une lassitude à devoir s’adapter sans cesse.

Nous recherchons tous le centre du labyrinthe. Car le centre en nous est stable. Tout tourne autour. Mais le centre est stable. D’où peut-être la résistance au changement : dans l’immobilité, on a l’illusion de se rapprocher du centre.

On se dit aussi parfois : plus ça change, plus c’est pareil. En ce sens peut-être qu’après s’être adapté à un changement d’état, il faudra l’instant d’après – dans un jour, dans un mois, dans un an, selon la nature du changement – s’adapter à nouveau.

La tentation de ne plus avoir à s’adapter au changement relève de l’instinct de mort. Offrir une trop grande résistance, c’est en somme se retourner, regarder derrière soi : c’est prendre le risque d’être changé en statue de sel, de devenir un mort vivant.

La peur de ce qui devient entraîne une rigidité. L’harmonie n’est pas dans l’arrêt, la fixité, mais dans le mouvement.

Aller avec ce qui devient, c’est vivre. C’est aussi se renouveler. Il faut même parfois, pour vivre intensément, créer les conditions du changement. Comme l’artiste s’impose des contraintes qui vont lui permettre de se dépasser. Se trouver dans un nouvel état, une nouvelle situation, de nouvelles conditions, c’est la possibilité qui s’offre d’explorer un nouveau territoire, à l’extérieur dans l’action mais aussi, par répercussion, à l’intérieur de soi.

La résistance à ce qui devient provoque une souffrance, une usure, une fatigue. La non-résistance est un état qui, au contraire, appelle la joie, le plaisir de vivre, d’explorer, de découvrir.

Est-il possible de se définir à la fois dans le changement, le mouvement, ce qui sans cesse devient, se transforme, mais aussi au centre du labyrinthe?

C’est là la question.

Curieusement, ce n’est pas en offrant une résistance au changement que l’on vit l’instant présent, mais plutôt en allant avec le changement. Non pas réagir au changement mais agir dans le changement, je dirais même agir le changement, en être sinon toujours le créateur, du moins le co-créateur. L’adaptation est alors si naturelle qu’elle accompagne le changement, au point d’en faire partie.

La résistance suppose en fait un écartèlement de la conscience, un étirement qui s’étend à la fois dans le passé qui retient et dans l’avenir qui appelle; alors que la non-résistance est comme l’eau, elle épouse tous les méandres de la rivière, tous les accidents de son lit, toutes les anfractuosités.

La non-résistance, c’est l’adaptation-instant. L’instant présent ne peut être vécu que si on le vit sans y penser. Comme si de rien n’était. Car le fait d’y penser suppose un décalage.

L’attitude juste, c’est de faire un avec ce qui devient.






Retour au débutPropos de Jacques Languirand
ayant fait l'objet d'une chronique parue dans
le Guide Ressources, Vol. 08, N° 07, avril 1993



Ainsi parle Jacques Languirand.

Et quand on essaie de s'adapter et que ça ne va pas. (j'allais employer le mot clanche mais on dirait que ce mot n'existe pas pour ce que je veux dire.)

J'exagère un peu, ça va mais...
Y a toujours quelque chose qui grince.
Faire son possible, est-ce qu'on peut ? Sans récrimination ?


15 décembre 2010

Des idées, des idées...

Je sens que ma tête travaille.
Je sens que ma tête conçoit.
Je sens que ma tête écrit.

Je ne suis pas encore vraiment passée à l'acte, mais le processus macère doucement. Des histoires j'en ai plusieurs...

Tout ça, parce que je suis allée fouiller dans une librairie afin de trouver des livres à lire pour une enfant de 6 ans.

Je crois que je n'ai pas vraiment à réécrire mes textes, en tout cas, pas de fond en comble. Je crois que je dois travailler la façon de les présenter pour qu'ils plaisent à des éditeurs, qui eux, connaissent peut-être mieux que moi ce que lit un enfant.

Pourtant, j'ai lu pas mal d'histoires pour enfants et aux enfants, car j'étais enseignante au préscolaire en plus d'être mère et maintenant grand-mère. Et j'étais maniaque, car je désirais transmettre le goût de la lecture.
Donc, j'en ai vu des livres d'histoire et c'est maintenant que le clic se fait sur le comment.
Et je me dis qu'il ne suffit pas d'écrire une histoire...

05 décembre 2010

Des mots qui feront plaisir à Andrée Poulin.

.... Du livre Les ruines du ciel écrit par Christian Bobin.

« Les pissenlits se multiplient devant la maison comme les notes dans les Variations Goldberg de Bach : d'abord quelques-uns, isolés, timides, et soudain une chaude pluie d'or partout sur l'herbe verte. » p. 16

« La vision du chat noir au milieu des pissenlits jaunes : j'étais au paradis des yeux. » p.35

à cause de son livre Miss Pissenlit.

Petite armoire à coutellerie

Petite armoire à coutellerie


Après avoir lu Nulle part ailleurs, je ne sais pas si c'était une bonne idée de lire Petite armoire à coutellerie. J'ai beaucoup aimé le premier livre de Sabica Senez. Le deuxième, je le trouve moins fluide. Et je n'ai pas pu faire autrement que de comparer ce livre à Je ne veux pas mourir seul de Gil Courtemanche : « l'impossible deuil d'une histoire amoureuse. »

Ce ne sont pas les mêmes mots, mais le fond reste le même. Et ils sont malades autrement.

Quelques mots tirés du livre de Sabica Senez:

« J'ai été ton fruit, et j'en redemanderais.
J'ai le goût de tout toi. De A à Z, du nord au sud, de gauche à droite et en diagonale. Mais on dirait bien que ce n'est pas permis ni de le penser, ni de le dire, ni de le faire.
J'ai le droit de pas grand-chose avec toi. »

« Tu as d'autres chats à fouetter. Pas de temps à perdre à te soucier de mon souci de toi. »

« Tu m'as demandé de te laisser en paix. Shlaaaak! »

« Ton absence prend toute la place: ton vide occupe mon vide. »

« J'ai tout donné et on n'a rien pris. Alors, mon corps de l'intérieur s'est fait mal à lui-même.
Peu avant qu'il ne soit trop tard, la gravité de mon état m'est apparue.
J'étais devenue le poison."

« Ce n'était pas tant une envie de mourir qu'une peur d'en mourir. Au bout de mon sang. »

04 décembre 2010

Je ne veux pas mourir seul. Gil Courtemanche.

Quatrième de couverture (ici)



Je n'ai pas beaucoup de commentaires à formuler, sinon que j'ai beaucoup aimé ce livre, sauf peut-être vers la fin du livre p. 147 où j'ai trouvé que cette fin était un peu ardue, comme s'il fallait trouver une fin. J'ai même senti un changement dans l'écriture. Mais pour le reste... écouter l'émission qui suit. Émission avec Christiane Charette

Après la lecture de ce livre, j'ai feuilleté, par hasard, le livre d' Anny Duperey, Les chats de hasard J'ai relevé une citation qui convient bien au livre de Gil Courtemanche.

« Les gens qui aiment les chats adorent cette indépendance qu'ils ont, car cela garantit leur propre liberté. Ils ne supportent pas les entraves ni pour eux-mêmes ni pour les autres. Ils ont cet orgueil de vouloir être choisis chaque jour par ceux qui les aiment et qui pourraient partir librement, sans porte fermée, sans laisse sans marchandage. Et rêvent bien sûr que l'amour aille de soi, sans effort, et qu'on ne les quitte jamais. Ils ne veulent pas obtenir les choses par force et voudraient que tout soit donné. Les gens qui aiment les chats, avec infiniment de respect et de tendresse, auraient envie d'être aimés de la même manière - qu'on les trouve beaux et doux toujours, qu'on les caresse souvent, qu'on les prenne tels qu'ils sont, avec leur paresse, leur égoïsme, et que leur seule présence soit un cadeau. » p. 17-18.



Quelques mots extraits du livre de Gil Courtemanche:

« Je croyais que le plaisir des fleurs et celui d'un bon repas pouvaient remplacer la main que je ne tenais pas. » p. 18

« Ce n'est pas tellement l'envie de vivre, c'est plutôt la peur de mourir. La crainte du rien absolu, l'angoisse de ne pas exister. »

Et là, « Les hommes ont besoin d'ordre, de directives, d'ultimatums. Les femmes pensent que l'amoureux, s'il aime vraiment, doit deviner les signes, doit comprendre par lui-même les insatisfactions. Je n'ai pas compris les signes qui me semblent aujourd'hui évidents. » p.92,

j'ai pensé Au silence des hommes de Christine Orban.
Plus bas, sur cette page d'Amazon,j'ai fait un commentaire.


03 décembre 2010

Nostalgie...


J'aimais bien posséder des livres.
Un brin de nostalgie ce matin.
Je pouvais souligner à ma guise.
Dans les livres de la bibliothèque, je ne peux pas.

Y a des livres comme ceux-ci : Je ne veux pas mourir seul et Nulle part ailleurs
que je noircirais de graphite...
Un pur délice.

Je viens de réécouter l'émission de Christiane Charette avec Gil Courtemanche et elle dit: « J'ai souligné les trois quarts du livre. »
J'avais dit ailleurs que Gil Courtemanche était cynique dans cette émission, il n'en
est rien. Je n'avais pas écouté avec ma bonne oreille.

02 décembre 2010

Nulle part ailleurs. Sabica Senez



Quatrième de couverture à lire ici.


J'ai commencé à lire ce livre en même temps que le prix Goncourt. J'avais presque fini bien avant celui-ci. Je l'économisais. Tout à fait mon genre, ce livre. Je veux dire mon genre d'écriture. Sauf que moi, je n'ai pas encore publié de livres. Mais bon, arrêtons cette ritournelle. Cesse d'en parler et mets-toi à l'oeuvre. Trouve une idée originale, ma vieille.

Il s'agit d'un
roman épistolaire dont le résumé se lit plus haut. Chaque chapitre commence par une citation de Calamity Jane et se poursuit par la lecture des lettres du père à sa fille.Quinze ans plus tard, elle les commente.

J'ai entamé ce livre en même temps que nous connaissions le thème de Défifoto pour le premier décembre: il s'agit de Jim Jarmusch du nom de ce réalisateur américain plus français qu'américain dans son style cinématographique. Il fallait faire une photo à partir des films de J. J. ou à la manière de J. J. Il excelle dans les films en noir et blanc et ses personnages, un peu paumés, sont la plupart du temps sur la route (ce que j'en ai vu) .

J'ai fait un petit montage photo avec les mots de Sabica Senez pour illustrer mes propos. J'espère que celle-ci ne m'en voudra pas trop. Je ne l'ai pas publiée sur Défifoto.



Il m'a semblé que Nulle part ailleurs ferait un bon scénario, un bon road-movie pour
J.J.
Le père dans ce livre se déplace constamment sur sa moto. Il vit comme s'il avait dix-sept ans. Quand il s'arrête, il veut gagner un peu d'argent pour s'arrêter un peu, se loger, se nourrir et entretenir sa moto. Dans ces moments, il correspond avec sa fille et il la voit quelques fois et puis hop! Il repart.
Une sorte de Survenant des temps modernes.

J. J. dira : « Fuir pour mieux dompter sa solitude ».

Je m'en voudrais de ne pas parler de l'illustration de la couverture que je trouve magnifique : un collage de Denise Morisset. J'ai pris ce livre à la bibliothèque, mais je vais l'acheter.


30 novembre 2010

La carte du territoire Michel Houellebecq.


Résumé du livre à lire à cette adresse.

Ouf! Je me suis rendue jusqu'au bout.
À certains endroits, j'avoue avoir fait de la lecture rapide.
Houellebecq a le don de faire des digressions parfois fastidieuses. Par exemple, à la page 296(je n'ai rien noté avant, car j'avais fort envie de tout lâcher) il nous parle d'oligospermie probablement pour justifier l'achat d'un bichon bolonais par Jasselin, un de ses personnages :

Sa femme Hélène dira : « un chien c'était aussi amusant, et même beaucoup plus amusant qu'un enfant... »

Et du fameux bichon, on en entendra parler pendant plusieurs pages. Tout cela n'ajoute rien au roman à mon humble avis.
Et quel roman?
H. nous parle d'un artiste Jed Martin qui est un peu maniaque. Il s'adonne à la photographie dès son entrée aux Beaux-Arts de Paris et
« rien n'échappait à son ambition encyclopédique, qui était de constituer un catalogue exhaustif des objets de fabrication humaine à l'âge industriel. »

Plus tard, quand il aura à gagner sa vie, il tombe sous le charme d'une carte Michelin au 1/150 000

« Cette carte était sublime; bouleversé il se mit à trembler devant le présentoir. Jamais il n'avait contemplé d'objet aussi magnifique, aussi riche d'émotions et de sens que cette carte Michelin au 1/150,000 de la Creuse, Haute-Vienne. L'essence de la modernité, de l'appréhension scientifique et technique du monde, s'y trouvait mêlée avec l'essence de la vie animale. Le dessin était complexe et beau, d'une clarté absolue, n'utilisant qu'un code restreint de couleurs. Mais dans chacun des hameaux, des villages, représentés suivant leur importance, on sentait la palpitation, l'appel, de dizaines de vies humaines, de dizaines ou de centaines d'âmes — les unes promises à la damnation, les autres à la vie éternelle. »

Un petit bout de lyrisme qui me fera voir les cartes autrement.
Mais en, même temps, je me dis: est-ce que H. ne se fout pas de notre gueule.
Je me demande, en écrivant ces lignes, si à part les 428 pages, il ne faut pas lire entre les lignes. Probablement, comme c'est souvent le cas.

Toujours est-il que ces fameuses cartes rendront Jed Martin riche et célèbre car il les photographiera de tous bords tous côtés et les exposera. Et il y rencontrera Olga. Amour ou non. Difficile à dire. Jed Martin semble dénué de sentiments et presque inodore, incolore et sans saveur à part le fait qu'il est surtout maniaque.

Après cet épisode photographies, il y aura la période peinture. Il réalisera "des tableaux de la "série des métiers simples". Et le portrait de Michel Houellebecq. M. H. entre dans son roman.
Alors là, Jed atteindra tous les sommets de la gloire et de la fortune.

Tout ce branle-bas pour nous amener à la troisième partie du livre, un meurtre cousu de fils blancs et un peu capilotracté.

Et tout le long du livre je me suis demandé quels sont les critères qui font que l'on mérite le prix Goncourt.
Très difficile à savoir. D'ailleurs, d'après Wiki. en 1999, le magazine Lire résumait le problème en une phrase :"Le prix Goncourt couronne rarement le meilleur roman de l'année."
Alors pourquoi ce prix est-il tant convoité ? L'auteur reçoit un prix dérisoire.

Vous le saurez ici
Et vous saurez combien gagne un écrivain en France.

Une citation intéressante de H.

«...mais pour se lancer dans l'écriture d'un roman il faut attendre que tout cela devienne compact, irréfutable, il faut attendre l'apparition d'un authentique noyau de nécessité.On ne décide jamais soi-même de l'écriture d'un livre,...;un livre, selon lui, c'était comme un bloc de béton qui se décide à prendre, et les possibilités d'action de l'auteur se limitaient au fait d'être là, et d'attendre, dans une inaction angoissante, que le processus démarre de lui-même »





26 novembre 2010

Créativité quand tu nous tiens...



Ce matin, je me suis sentie créative.
Je me félicitais. Dieu que tu es bonne!
Et pourtant, je ne concoctais qu'une soupe.

J'avais acheté un poulet bio de Charlevoix.
Je ne suis pas pingre, mais je n'aime pas perdre de la nourriture. J'aime aussi maximiser mes achats.
Nous ne sommes que deux. Deux petits vieux. Et nous avons un appétit de poulet. À vrai dire, d'habitude, nous mangeons presque un poulet de Cornouailles à deux.

Donc, hier soir, l'autre duettiste, qui s'est mis à la cuisine depuis qu'il est à la retraite, a fait rôtir la demi-bête.
L'autre moitié a fini au pot. Donc me voilà avec un bon bouillon et du poulet.
Tous les ingrédients nécessaires pour cuisiner une soupe.

Une soupe poulet et nouilles?
Non!
J'ai horreur de la routine.
Je fais le tour du frigo. Des restes, nous avons toujours des restes : des tomates en boite, des asperges, des carottes, du clamato et hop! un peu de riz et le tour est joué.

Le hic, arriver à mitonner un repas qui ne durera pas une semaine.

Cuisiner pour deux n'est pas toujours évident. Je devrais peut-être écrire un livre de recettes pour deux personnes ou pour deux p'tits vieux comme ça je réussirais peut-être à me faire publier.





22 novembre 2010

5 ans déjà.


Mon blog
a 5 ans aujourd'hui.

Il n'est pas très lu mais je m'en fous.............presque.

13 novembre 2010

Une poupée de quoi ?


Une suite à

La poupée de Kokoschka d'Hélène Frédérick

Deuxième partie

La poupée de Kokoschka fait son petit bonhomme de chemin.

J'ai écouté l'émission sur France Culture. Avec Internet, on peut se rendre à Paris le temps de le dire. J'aimerais que ce fût moins loin en temps réel, je sauterais dans l'avion.

Après avoir lu le livre, entendre des bruits et des voix, génial.
Il m'en vient la chair de poule.
Ils ont cependant oublié le chat d'Hermine qui, à mon avis, joue un rôle important.



12 novembre 2010

Des fois...


... je n'ai pas besoin d'histoires pour lire. Je lis pour lire. Je lis pour entendre la musique des mots et pour m'émerveiller de ce que l'humain a de plus merveilleux, la vie, bien sûr, et le pouvoir des mots.
De la poussière d'étoiles intelligente.

Je lis depuis que je sais lire... Une sorte de boulimie des mots. Les mots entrent par une oreille et sorte par l'autre. Pourquoi par une oreille? Je lis pourtant avec mes yeux. Pour dire, lus et oubliés. Oubliés? Peut-être que non, sûrement non. Il ne reste que l'essentiel.

J'avais été un peu déçue par Mon enfant de Berlin parce que je recherchais certains renseignements sur l'Allemagne que je n'avais pas trouvés. J'avais quand même aimé l'écriture fluide comme une musique. C'est pourquoi, j'ai voulu lire un autre livre d'Anne Wiazemsky. Un livre qu'on lit sans tracas. Un livre tranquille, c'est-à-dire qui se lit bien.
Trois récits: elle parle de son Prince russe de père, de Madeleine, une de ses gouvernantes et de Maud, une maîtresse de son père. Trois hymnes à l'amour. Et le fantôme de François Mauriac.

Quatrième de couverture

Pourquoi le père d'Anne a-t-il demandé, dans son testament qu'on donne à une certaine dame résidant à Genève le disque bien connu d'Edith Piaf Hymne à l'amour ? Pourquoi la même chanson a-t-elle une si grande importance pour sa mère, comme si elle avait été l'hymne national d'une passion défunte ? Plus tard, bien plus tard, Anne partira pour Genève, à la recherche de la mystérieuse dame qu'avait aimée son père. Ce beau livre, écrit avec tendresse, recèle bien d'autres histoires. Par exemple celle de Madeleine, qui avait illuminé les jeunes années de l'auteur. Il était si doux, pour les enfants, de se blottir contre ses jolis seins. Malgré la déchéance finale de Madeleine, elle aussi inspire un hymne à l'amour. De temps en temps, l'illustre grand-père, François Mauriac, apparaît au moment le plus insolite. Va-t-il se fâcher ? Le temps qui a passé permet d'en rire. On oublie pour un instant tous ces coeurs blessés, qu'Anne Wiazemsky sait faire renaître avec l'ambiguïté du souvenir.


On a même fait un film de ce livre Toutes ces belles promesses.

Bien sûr, si j'avais écrit un livre dans lequel j'aurais parlé de mon père mort à 54 ans d'un cancer généralisé, je ne sais pas si une maison d'édition aurait publié mon livre. Mon père n'avait pas nom François Mauriac.
Et comme je suis curieuse de connaître, un peu mieux, même par le biais, la vie des écrivains célèbres, je lis...
car j'ai beaucoup lu François Mauriac et dans le temps nous n'avions pas accès à l'immense base de données qu'est internet.

11 novembre 2010

Je voulais tellement...


.... recevoir un livre " gratis " que j'ai coché plusieurs cases dans Masse Critique. Quand j'ai reçu la nouvelle que j'étais sélectionnée pour lire deux livres, je me pétais les bretelles jusqu'à ce que je lise les titres. Un livre pour enfant, j'en voulais un. L'autre titre, je ne me souvenais plus l'avoir pointé. Je peux tout de suite dire que je ne lis pas ce genre de livres, habituellement. Je ne l'aurais pas acheté et je ne l'aurais pas réservé à la bibliothèque.

Tout cela n'enlève rien aux auteurs.
Je les appelle des livres instants qui foisonnent dans nos librairies et qui trouvent preneurs puisqu'on continue à en publier. Un peu sensationnels. Et surtout publiés en un laps de temps étonnant. De quoi rendre jaloux le plus prolifique écrivain.

Disons que ce livre est honnête. (Pour qui je me prends). Il me tape un peu sur les nerfs au début, à cause du choix des noms des personnages : Mon Chum, Mon Fils etc. Mais finalement, je réussis à m'habituer pour le reste du livre.

Je retiens de ce livre qu'il vaut mieux ne pas être malade (ironie, car on ne choisit pas d'être malade), qu'il ne faut pas hésiter à poser des questions car si on ne les pose pas, on ne saura rien, qu'il faut s'occuper de son dossier (je n'aurais jamais pensé demander des copies des divers documents, je serais portée à faire confiance).

J'ai aussi appris qu'il faut continuer à vivre ...malgré les aléas de la maladie, ne pas s'apitoyer sur son sort. Véronique Lettre semble très bien entourée mais il n'est pas dit que ce sera identique pour tout le monde.

Le passage qui m'a marquée : Le cancer "est une maladie si discrète et sournoise qu'on ne se doute pas de sa présence."


06 novembre 2010

Mon enfant de Berlin.


J'ai commencé à lire ce livre avant mon voyage en Allemagne. Dans le bus, qui nous conduisait d'une ville à l'autre, j'ai poursuivi cette lecture.
Je me posais souvent cette question : est-ce un roman ou un récit? Quelle est la part du réel? Il est classé « roman » par la maison d'édition. Peut-être à cause de l'histoire d'amour entre une ambulancière de la Croix-Rouge et son Prince charmant russe.

J'avoue que j'attendais plus de ce livre. J'aurais voulu savoir comment se déroulait la vie d'une femme à Berlin après la guerre. Claire Mauriac écrit des lettres à ses parents, tient un journal, mais je trouve ses lettres anodines et lassantes et son journal nous renseigne peu sur sa vie et ses sentiments. En fait, je trouve que ce livre manque de profondeur, il effleure les sujets. Nous en apprenons quelques bribes à la page 231 quand Hilde raconte:

«...la chute de Berlin, l'occupation par les Soviétiques; la famine, la mort, les viols; sa chance d'avoir survécu, ne pas avoir sombré dans la folie comme tant d'autres. Elle raconte encore le retour des hommes, leur refus d'entendre l'enfer enduré par les femmes`le silence désormais imposé aux Berlinoises; l'obligation qui leur est faite d'oublier.»

Mais, nous ne savons pas ce qu'elle raconte...

Claire a 27 ans en 1944. Elle est la fille de François Mauriac. Elle travaille comme ambulancière à la Croix-Rouge française à Béziers. Elle aime son travail. Et surtout, elle n'est plus la fille de François Mauriac. S'appeler Claire Mauriac est parfois difficile à porter.

« Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle sent vivre, pour la première fois de sa jeune vie. Une vie sans passé, sans futur. Une vie au présent.
» p. 11

Ne nous méprenons pas, elle aime profondément sa famille (ses parents , deux frères, une soeur) et son fiancé Patrick, mais elle étouffe. Comment vivait une jeune fille de bonne famille en ce temps-là? On espère en savoir plus sur le sujet.
Quand sa mission se termine et qu'elle retourne à Paris, son travail à la Croix-Rouge ne semble pas tellement important aux yeux de son père et de ses frères et elle en souffre.

«Depuis son retour, elle peine à trouver sa juste place dans sa famille, dans le groupe encore clairsemé de ses amis. D'ailleurs, tous et toutes sont très occupés et de ce fait indifférents à ce qu'elle vient de vivre au sein de la Croix-Rouge. C'est particulièrement le cas avec son père et ses frères. Sa participation, même minime, à la Résistance n'a pas suscité l'admiration qu'elle souhaitait et dont elle a tant besoin.» p.38

Que faire à Paris? Son désarroi est grand. Attendre le retour de Patrick. Elle en a nullement envie. Elle hésite. Elle essaie de se raisonner. Elle sait qu'elle ne l'aime plus. Quand on l'appelle, elle accepte une mission en Allemagne du nord et puis à Berlin en ruine. C'est là qu'elle fera la rencontre de son prince charmant : Yvan Wiazemsky, prince d'origine russe, émigré en France au moment de la Révolution. Il ne connaît pas le célèbre François Mauriac.

«Quand Claire quitta le bureau pour rejoindre son étage, elle avait envie de chanter de joie dans l'escalier: elle venait de rencontrer enfin un homme qui ignorait l'existence de son illustre père et pour qui la littérature, les livres ne comptaient pas. Cette situation si nouvelle l'enchantait.»

Elle n'est plus la fille de François Mauriac. François Mauriac est le père de Claire. Mais, celui-ci se méfie du choix de sa fille. Il va jusqu'à contacter Henri Troyat ex-russe et exilé comme Wia. Le mariage aura lieu et comme dans les bons romans naîtra un enfant à Berlin. Claire voudra un garçon, mais une fille viendra au monde.

«L'accouchement se passe mal... Quand on lui dit que l'enfant est sauvé, que c'est une petite fille maintenant en parfaite santé, elle refuse de la voir. « Tout ça pour ça !» proteste-t-elle en se tournant du côté opposé et en sombrant dans un profond sommeil.»

Cette enfant se nomme Anne du nom de l'auteur de ce livre.


02 novembre 2010

Saviez-vous que...

Trinh Xuan Thuan, astrophysicien dit :

« Les étoiles naissent, vivent leur vie et meurent, comme les humains. »


« Nous savons maintenant que nous sommes des poussières d'étoiles, tous les atomes dans nos corps sont formés des étoiles. »

Bien moi, je ne savais pas. Je trouve merveilleux d'être de la poussière d'étoiles.

Christiane Charette

29 octobre 2010

Les dragouilles

Critiques et infos sur Babelio.com

J'étais pleine d'espoir en survolant ce petit livre bien cartonné et solidement relié. Enfin des Québécois font des livres dans ce genre, me suis-je dit. Je trouve que le contenu, après l'avoir lu et relu, est bien peu québécois, tellement que je suis allée voir d'où venaient les auteurs : ils sont québécois.

Ce tome 1 présente les origines des dragouilles et chacun des personnages.
Si j'ai bien compris, chaque personnage représente et représentera une rubrique, par exemple les jumeaux sont forts en mots... peut-être. Je serais curieuse de savoir comment les enfants réagissent aux gags qui sont supposés être drôles. Peut-être que j'en lirais un autre pour voir.


05 octobre 2010

La poupée de Kokoschka, Hélène Frédérick

Le premier livre d'une québécoise à Paris.


Quatrième de couverture
: Munich, 1918. Hermine Moos, costumière de théâtre, reçoit du peintre Oskar Kokoschka une étrange commande : fabriquer une poupée grandeur nature à l’image exacte d’Alma Malher, sa maîtresse perdue. Tandis que la marionnette prend corps, sa conceptrice note dans un cahier le trouble que lui inspire cette folle entreprise. D’autant que les exigences du « maître » ne semblent connaître aucune limite…Mais au fil de ce journal intime, l’obsédante créature de chiffon cède bientôt la place à l’autoportrait d’une artiste bohème dans une société allemande entre débâcle et révolution. Et la jeune femme qui se dessine alors, modeste et iconoclaste, solitaire et émancipée, nous entraîne dans le libre dédale de ses désirs les plus insoupçonnés.S’inspirant d’une histoire authentique, La poupée de Kokoschka réinvente sa version secrètement féminine au moyen d’une langue émotive et concrète. Une fiction qui interroge, dans l’acte de création comme dans le pacte amoureux, la monstruosité de tout fantasme de possession.

Mon avis
: J'ai lu ce roman en même temps que je m'instruis sur l'Allemagne, en vue d'un prochain voyage.L'action se passe à Munich en 1918. De Munich, je n'apprends pas grand-chose, sinon que la vie n'était pas facile à cette époque. J'emmagasine aussi des noms de rues. Espérons que je m'en souviendrai si je les croise.
Mais, je peux dire que j'entre un peu en Allemagne par le côté artistique, car je suis curieuse et je ne me contente pas de lire. J'ai cherché à connaître Oskar Kokoschka, dans sa peinture, tout comme le fait Hermine.

Hermine, soucieuse de satisfaire son maître, s'inspire de ses dessins et elle les commente
.
« À mon insu : en regardant les croquis, les portraits, en notant, je prends plaisir à me glisser dans la peau des modèles de K, je leur cède lentement la parole. Ces êtres inconnus se déploient en moi, ils sortent leurs ailes d'un cocon dont je ne soupçonnais pas la présence, enfouie quelque part dans ma chair. » p. 34

K a écrit des lettres (10) à Hermine. Il est très exigeant. Hermine écrira dans son journal:

« Par ces formules troublantes, vous vous appropriez mes mains, ce qui signifie que vous cherchez à évacuer de mes gestes les pensées qui sont les miennes pour savamment les substituer aux vôtres. Je deviens ainsi votre marionnette, la seule "vraie" poupée de l'histoire, celle que l'on manipule pour créer illusion, pour combler un vide, ou du moins temporairement l'oublier. Temporairement. Voilà toute la valeur que vous m'accordez. » p. 156

Travailler sans rien exiger en retour. Espérer et ne pas exiger.

"...je peux sentir ses mains froides et moites dans la gaine de la marionnette que je suis devenue. » p. 164

N'est-ce pas de l'amour? Elle a presque fini la poupée :

« Si je me suis rendue jusqu'à cette étape, mon maître, malgré la révolte devant l'absence de récompense matérielle et ce mur d'impossibilité sur lequel je heurte depuis le début, il me faut faire cet aveu: il s'agit d'une sorte d'amour... Vous avez conquis mon esprit malgré moi, mais aussi mon coeur, ce drôle de muscle dont on ne peut rien contrôler, parfois pour le pire. » p.214



Donc, j'ai voulu en savoir plus et j'ai cherché sur le web les tableaux de K. J'en ai trouvé plusieurs éparpillés un peu partout dans le monde. J'espère en voir en Allemagne, mais la plupart de ses oeuvres se retrouvent maintenant en Suisse.

Surprise! Nous avons un livre: La gravure originale au XXe siècle par Jean Adhemar et il y a dedans une litho de K. : l'espoir mène les faibles (1914).

Alma Malher, m'intrigue aussi. Qui était cette coquine pour inspirer une telle folie?

J'admire beaucoup l'auteure, car j'imagine tout le travail que représente l'acte d'écrire sur chacun des dessins, le choix du point de vue. Il y a aussi le travail de recherche sur l'époque et d'y vivre l'espace d'un livre.

Pour finir un mot d'Anne Hébert:

« Écrire un livre, c'est chaque fois une nouvelle aventure en terre inconnue. Il est bien entendu qu'on ne se sépare jamais de soi-même. Il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir au plus profond de soi qui n'a pas été dit et qui réclame la parole. C'est à la fois jubilatoire et terrifiant."

Hermine dit: « Nous sommes tous sans exception des exilés de l'intérieur."

Peut-être ce livre sera-t-il publié en d'autres langues ?
Je n'en serais pas surprise étant donné l'intérêt suscité par cette poupée de K.

30 septembre 2010

Je suis indignée...

Je voulais apporter des livres québécois à ma fille de Frédéricton dont c'est l'anniversaire le 2 octobre.
J'avais des titres et des auteurs en tête. (dont Simon Boulerice et Martin Michaud)
Impossible de les trouver dans la belle ville de Québec.
Je ne les veux pas dans trois semaines. Je les voulais, il y a une semaine.
J'ai presque fait le tour des librairies : des petites et des grandes. Sur leur page Web tout est beau mais quand il s'agit d'en prendre possession...
Heureusement que le téléphone existe.

Mais où sont ces livres? Chez les éditeurs?

27 septembre 2010

Cette nuit...

Cette nuit, je ne dormais pas.
Mon intestin me disait que je l'avais mal traité. Il n'aime pas quand je mange du maïs et du popcorn trop fréquemment.
Ma tête me dit mange, mais mon corps proteste. Et il ne me ménage pas. (toujours, je pense à la fable d'Ésope qu'on traduisait du latin au français)
Alors, cette nuit, il me torturait.
Je me suis levée pour prendre une Advil. Cette gélule soulage mon corps, un tantinet.

Après quelques massages ventraux, je me dis, aussi bien regarder la télé un peu en attendant l'effet de l'antidouleur.
Je ne regarde presque jamais la télévision. Il n'y a rien dans notre boite à images. De temps en temps, à force de fouiller, je trouve des émissions à mon goût. Cette nuit, je prenais le risque de me trouver face à face avec un film pour adulte seulement. J'ai bien vu une démonstration de danse à 5$ ou à 10$ (je parle au travers mon chapeau, car je n'y connais rien). J'y suis restée quelque temps à titre documentaire. Et puis mes doigts m'ont amenée vers ARTV. Là, j'y ai fait la rencontre d'un écrivain cubain fort sympathique : Pedro Juan Gutiérrez .
J'avais entendu son nom, mais je n'ai jamais lu ses livres. L'homme m'a attirée en premier et je n'arrivais pas à savoir qui il était, l'émission était commencée. Il était interrogé par Jean Fugère (qui pratiquait son espagnol).


J'ai bien essayé de retrouver ce documentaire sur le Web, mais impossible, des bribes seulement. Il faudra que je surveille ARTV si je veux revoir ce film qui porte le nom : Un animal tropical à Montréal dans le cadre d'une émission ayant pour titre, Toute une soirée. Dommage qu'on ne puisse pas toujours revoir des émissions qui nous ont plu.

Mais, j'ai trouvé ceci sur un blog français. Le son n'est pas très bon, mais contentons-nous-en. Un plus, il y a la traduction française de l'interview en bas.

Je le mets sur ma liste d'auteurs à lire.

Vous vous demandez peut-être si mon mal de ventre m'a quitté. Eh bien non! Je crois bien que j'en aie pour la journée.
Il y a trois épis de blé d'inde qui me zieutent quand j'ouvre le frigo.

Non, non, je crois que j'aurai eu ma leçon jusqu'à la prochaine tentation.



18 septembre 2010

Automne



Je les avais vues l'autre jour.

J'ai eu peur qu'elles ne fussent plus là, car il a plu.

Surprise!

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09 septembre 2010

Lettre

Bon, j'ai décidé de publier ici la lettre que j'avais envoyée aux Correspondances d'Eastman.

J'ai fait partie des 15 finalistes (il y eut 100 lettres) mais elle n'a pas été retenue pour la publication finale.

Je crois que c'est une gentille lettre. Le sujet n'est pas nécessairement sérieux mais il reflète un peu une certaine époque.

Les annotations en rouge ne font pas parties de la lettre originale.


Québec, août 2010.

Bonjour toi,

Tu ne t’attendais certainement pas à recevoir une lettre de moi, ta p’tite vieille. Plutôt rare qu’on s’écrive quand on vit dans le même appartement et après quarante-deux ans de mariage. Et bien, voilà, j’ai voulu te dire combien tu as compté pour moi.

Te souviens-tu de cette fin d’août? Nous avions chacun nos amis au lac Matambin. Nos amis se connaissaient. Je crois aussi qu’ils étaient de connivence pour que nous nous rencontrions. En arrivant, je t’avais vu qui lavais une voiture. En short, tout bronzé. Au premier coup d’œil, je t’ai trouvé de mon goût. Plus tard, nous avons fait plus ample connaissance, petit tour de pédalo et épluchette de blé d'Inde. Chacun est reparti, l'un à Kingston et l’autre à Rigaud et Montréal. Nous étions étudiants finissants. Rien ne présageait que nous nous reverrions un jour. Nous vivions aux antipodes. Probablement que notre rencontre m’obsédait, romantique que je suis. Au début de septembre, je t’ai tendu une perche. Alors… en ce mois de septembre 1962

Monsieur mon ami,

Kingston (Ontario).

Bonjour, cher nouvel ami,

Me voici! Toutes sortes d’idées me jaillissent de la tête pour répondre à ta lettre. Par où commencer?

Tu sais, je n’étais pas certaine du tout que tu répondrais à ma carte postale. Je te sais sociable, mais solitaire. Une carte postale ne t’engageait à rien. Tous ces mots pour t’exprimer ma joie quand j’ai reçu ta petite missive et le plaisir que j’ai eus à te rencontrer.

J’ai bien ri quand j’ai vu que ton adresse pouvait être aussi courte. Pour la dénicher, j’ai dû fouiller un peu dans les affaires de mon frère. Dis, je n’irai pas en enfer? (en ce temps-là, on s'inventait facilement des péchés)

Je suis à l’institut depuis mercredi soir. Ma chambre est jolie, un coup meublée. Nous les finissantes, nous couchons dans la nouvelle aile. Nous jouissons d’un règlement spécial. Je trouve chouette d’être finissante pour la première fois. Je n’y crois pas encore. J’ai l’impression que je viens à peine de commencer ce brevet. Quand je pense que l’année prochaine je travaillerai, je ressens un petit pincement au cœur. Première fois que je travaillerai pour les autres.

Ce soir, j’ai regardé le ciel de ma chambre. Impossible de voir la Grande Ourse.

Ma copine m’a parlé de toi et de ta visite dans le bout. Heureuse d’avoir eu de tes nouvelles.

Si tu désires répondre à mes lettres, tu peux le faire ici ou chez mes parents. Je ne veux cependant pas t’obliger.

À bientôt, j’espère, Yo

P.-S. Tu dois trouver que je parle plus sur papier qu’en personne. Je suis ainsi.

Donc, nous nous sommes rencontrés sporadiquement pendant toute cette année scolaire 62-63. Tu m’as même invitée à ton bal de finissants. Les fréquentations en ce temps-là ne ressemblaient guère à celles d’aujourd’hui. Je me languissais. J’aurais souhaité te voir plus souvent. Tu vivais maintenant à Montréal… Mais, je crois qu’après ces années d’internat, tu n’avais pas envie de t’embrigader dans un autre carcan. Un jour tu m’as dit : — occupe-toi. Comme une bonne petite soldate, j’ai obéi. Cinq ans plus tard, en décembre, tu t’es souvenu de moi. En juin, nous nous mariions. (Déjà la vie avait bien changé)

Et depuis quarante-deux ans, jour après jour, nous inventons notre vie.

Je me souviens de nos jours heureux,

Ta p’tite vieille Yo.




01 septembre 2010

Sur la route de Madison Robert-James Waller

Quatrième de couverture:

Francesca Johnson, fermière de l'Iowa, était seule cette semaine-là, son mari et ses enfants s'étaient rendus en ville pour la foire agricole.
Sa rencontre avec Robert Kincaid, écrivain-reporter qui photographiait les ponts du comté de Madison, eut lieu au cours de l'été 1965. Dès leur premier regard, ils surent qu'ils étaient faits l'un pour l'autre de toute éternité. Ils ne disposaient que de quelques jours pour se connaître, s'aimer et vivre une vie entière de passion silencieuse, avide et sans espoir.

Une novella comme disent les américains.La différence entre une novella et un roman: le nombre de pages. Donc, pour nous, une nouvelle de 184 pages qui se lit d'une traite. Cette novella m'a été suggérée par ma belle-soeur Monic quand je lui ai montré le livre que je lisais à ce moment là, soit 33, chemin de la Baleine. Le lien? Les lettres et l'amour contrarié mais différemment.

Non, je n'ai pas vu le film. Mais je le verrai.

D'une certaine façon, je trouve dommage que le film,
même s'il est bien fait, l'emporte maintenant sur l'auteur du livre. Même, la photo de la page couverture du livre format pocket que j'ai lu, nous montre Clint Eastwood et Meryl Streep.

Voici la photo d'origine:
1992

Le livre est très bien traduit par Anne Michel.

Le livre est construit de telle sorte qu'il nous semble prendre racine dans la réalité. Tout au long de ma lecture, je me suis demandé: est-ce que Robert Kincaid et Francesca Johnson ont vraiment existé ?
J'ai fait des recherches sur le web, d'autres ce sont posés ces questions à ce sujet, j'ai même lu en anglais, moi la paresseuse, et j'ai cru comprendre que tout était de la fiction. Pourtant M. Waller est aussi écrivain, musicien et photographe.

Chapeau monsieur Waller
!

Très beau roman d'amour.





30 août 2010

Nouveau Blog

J'ai commencé depuis quelques jours à nourrir un nouveau blog.
Il s'agit ni plus ni moins d'un carnet de voyages.
Il y a moins de fioritures à moins que je découvre des façons de faire.

Aller voir ailleurs si j'y suis

Et pourquoi pas ?

26 août 2010

L'énigme du retour, Dany Laferrière

Partout, on ne dit que du bien de ce livre.

Tu dois être la seule au pays à ne pas avoir lu Dany Laferrière, me dis-je.
J'avais des problèmes avec l'homme que j'écoutais dans ses débuts. Je ne pouvais pas le blairer, ni lire trois lignes...
car j'ai essayé
rien à faire.
J'ai regardé sa photo à l'intérieur de la page couverture, j'ai regardé sa main, car je trouve que les mains nous ou plutôt me renseignent beaucoup sur les gens
et j'ai pensé que sa main me plaisait.

Ce livre m'a poussée à vouloir en savoir plus sur l'homme,c'est pourquoi, j'ai regardé en différé l'émission Contact avec
Stéphan Bureau et Dany Laferrière.
Maintenant, j'ai l'impression d'avoir violé un peu son intimité, lui, qui est si jaloux de son intimité.
Il dit dans cette émission qu'il est un homme en trois morceaux:
son coeur est à Port-au-Prince
son esprit, le combat, est à Montréal
la zone neutre est à Miami.
Il y a aussi un lieu spécial: Petit Goâve.

Je suppose qu'il y a un temps pour tout,
surtout que maintenant je crois avoir saisi ce que vit un écrivain en exil, en constante recherche de son identité.

Alors, Dany Laferrière est-il haïtien, canadien ou américain ?

"Mon neveu voudrait devenir un écrivain célèbre.
Son père est un poète en danger de mort.
Son oncle, un romancier vivant en exil.
Pour son grand-père ce fut la mort en exil."

"Arrivé au Nord, il m'a fallu me défaire
de toute la lourde réalité du Sud
qui me sortait par les pores.
J'ai mis trente-trois ans à m'adapter
à ce pays d'hiver où tout est si différent
de ce que j'avais connu auparavant.

De retour dans le Sud après toutes ces années
je me retrouve dans la situation de quelqu'un
qui doit réapprendre ce qu'il sait déjà
mais dont il a dû se défaire en chemin.

J'avoue qu'il est facile
d'apprendre que de réapprendre.
Mais le plus dur c'est encore
de désapprendre."

" Du balcon de l'hôtel, je vois la place,
le marché, la librairie
et au loin la route poussiéreuse qui descend
vers la maison de ma mère.
À part mon escapade avec cet ami vers sa ferme
je n'ai pas quitté ce périmètre de sécurité.

Qu'est-ce qui m'effraie donc ?....
Si je ne m'éloigne pas trop du cercle doré, c'est pour ne pas me sentir étranger dans ma propre ville. Je repousse chaque fois le moment de cette confrontation."

"Je m'étais promis de ne pas regarder la ville
avec les yeux du passé.
Les images d'hier cherchent sans cesse
à se superposer à celles d'aujourd'hui.
Je navigue dans deux temps."

...." La veille, j'avais pris un jus de fruit dans une goguette sur mon chemin, juste pour me prouver que j'étais toujours l'enfant du pays."

" Je suis resté un long moment
debout sous cette pluie fine....
De jeunes enfants ....
sont venus m'entourer
comme si j'étais une étrange apparition.
J'ai eu beau leur parler en créole rien n'y a fait.

C'est là que j'ai compris
qu'il ne suffit pas de parler créole
pour se métamorphoser en Haïtien.....
On ne peut être haïtien que hors d'Haïti."

Tout ce préambule pour dire que le livre m'a plu.
La maison d'édition le qualifie de roman.
Roman? Je ne vois pas.
Des haïkus non plus.