31 janvier 2010

La mémoire des mots

Je lis des livres que peu de monde lise ou bien je suis en retard sur tout le monde pour la lecture. Venise dirait qu'elle est à contre-courant. Pourquoi je dis cela ? Et bien c'est parce que j'ai pu le renouveler facilement à la bibliothèque . 
J'ai hésité un moment : pourquoi lire sur la maladie d'Alzheimer ? Dans le fond, c'est parce que je veux savoir. Ne pas lire voulait dire avoir peur. Plus on avance en âge, plus on a peur... de la dégénérescence, déjà que le corps en prend pour son rhume s'il fallait que la tête aussi.
Ce livre confirme ce que je savais déjà. Se voir perdre la tête pendant dix ans... Devenir dément comme ils disent.
Sur le plat verso du livre, on lit ceci:
Ce livre raconte l’aventure unique d’une femme qui fait un pied de nez à l’oubli et à l’Alzheimer. Pendant plus de dix ans, elle élabore une stratégie instinctive et passionnée pour s’accrocher à la joie d’être présente en dépit de tout. Alors que le cortège des atteintes de la démence l’entraîne vers le silence, elle jalonne ses jours de réflexions lumineuses sur l’enfance, l’amour, la vieillesse, la folie, le réel et l’imaginaire, la maladie, le désespoir et la sérénité. Tout est noté. Tout est rapporté fidèlement.

À travers ses égarements, cette maman autodidacte apprend à son fils écrivain quelque chose d’essentiel sur le pouvoir des mots et sur le métier de vieillir.

«  En 1999, je commençais à prendre des notes à partir des propos de ma mère qui perdait de plus en plus ses repères. Au départ, je savais que sa vie allait lentement se vider d’elle-même.
C’est un terrible chemin de croix. Mais je ne devinais en rien la profonde et salutaire communion qui nous attendait.
Tout ce qui reste n’est pas destiné au vide ou à l’oubli. »

Poète, conteur et romancier, Jacques Boulerice est né à Saint-Jean-sur-Richelieu. Son œuvre compte près d’une vingtaine d’ouvrages. En 1986, il recevait le Prix Québec-Paris pour son recueil Apparence (Belfond). Parmi ses publications, notons Le vêtement de Jade (l’Hexagone, 1992), Débarcadères (l’Hexagone, 1996), Reliquaire (avec Madeleine Ghys, l’Hexagone, 2002), Éphéméride (La Veuve noire, 2006).

240 pages, 21.5 x 14, 24.95 $, 22 €, ISBN 9782762128536

Quelques extraits du livre:

Alice dit à son fils: Tu sais ce qui me rend triste? C'est pas d'oublier ce qui s'est passé hier. Des fois, c'est de trop me souvenir de ce qui s'est passé il y a longtemps.

L'Alzheimer est une épouvantable machine à voyager dans le temps. Je cherche les clés, les mots clés qui font apparaître le même visage à des âges différents. Je tente de deviner quel âge a ma mère en cet instant.
Je l'écoute me raconter un présent qui a presque cinquante-six ans.
Elle regarde un album avec son fils, un album qui "retrace les étapes les plus lumineuses de sa vie en larges strates. Des noms, des lieux identifiés, une date sous chaque photo." Et constamment elle revient sur les lieux de son enfance à St-Jude .
Elle dit: Je sais bien que ma maladie fait que les choses nouvelles ne s'accrochent plus beaucoup dans ma tête. Je sais bien. Mais là, c'est une autre affaire. Tu es assis, là, à côté de moi. On regarde des photos prises n'importe où,à Montréal, à St-Jean...Mais il faut que je fasse un effort, un gros effort, pour me ramener ça dans le coco....Me ramener dans le coco que nous ne sommes pas à St-Jude, que tu es là, que c'est toi et qu'il n'y a pas de rapport avec Saint-Jude. Je me dis ça. Mais si tu tournes la page, la prochaine photo, je vais tout de suite me dire que celle-là vient de là-bas.
L'auteur dit: Maman se démène pour comprendre ce qui se passe en elle et pour faire des phrases qui explorent la maladie avant qu'il soit trop tard.
Mais elle a de plus en plus des idées fixes, elle en est consciente et n'arrive pas à s'en sortir comme ces disques en vinyle  qui restaient pris dans un sillon endommagé. Et de plus en plus sa vie se détériore. Jusqu'à ne plus reconnaître son fils.


21 janvier 2010

12 janvier 2010

La femme fragment. Danielle Dumais

Description (trouvée chez Pantoute, à peu près la même que sur le livre, sauf la dernière phrase qu'ils ont cru bon de changer, pour le mieux.)

Que doit-on à ses origines? Élevée par un père aussi misanthrope que poète, Caroline voit sa vie basculer lorsqu'elle découvre la vérité sur sa mère et les raisons qui l'ont poussée à l'abandonner à sa naissance. Celle qui composait jusque là avec une absence qui allait de soi, est amenée à se poser des questions fondamentales sur sa façon d'être. Quête identitaire au premier chef, cette histoire conjugue bellement les voix et les voies pour permettre à l'héroïne de se définir. À travers sa vie amoureuse, elle cherche à recoller les fragments d'un tout morcelé par la pression de l'éducation et de l'hérédité.


Ce livre est bâti comme si on voulait en faire une série télévisée ou comme un film avec un flashback.
(Je me rends compte de cela au 22ième chapitre)
Le premier chapitre résume les 261 pages suivantes.  Au deuxième chapitre on retrouve Caroline.
J'avoue avoir été frustrée quand je me suis retrouvée en présence de Caroline au deuxième chapitre.
"J'aimerais en savoir plus sur Rachel, sur l'homme laid...", me suis-je dit.
J'en saurai un peu plus dans les chapitres à venir en suivant l'inter-action des différents personnages.

Mon avis 2:

J'aurais définitivement fini ce livre à la page 261 ou presque.
Les lettres de errance répète le mal de vivre après la lecture du journal maternel. Elles font un pont avec l'autre aventure amoureuse de fêlures. Cette partie frôle le roman harlequin dans sa façon de dire les choses:
Nos voix comme des cailloux échappés de la montagne percutent l'air avant de s'arrêter sur un silence. Puis quelques autres mots dévalent l'un vers l'autre comme cherchant à se rejoindre sur la pente de notre attirance.
Au milieu d'une valse, j'ai senti un frôlement à mon épaule. Je me suis retournée. Hubert était là. Il a simplement ouvert les bras. Je m'y suis glissée et nous nous sommes moulés l'un à l'autre. Ma main dans son dos s'appuyait au renflement d'un muscle. Sa main dans mon dos irradiait sa chaleur. Mes cheveux se sont répandus sur son bras.
Belle écriture mais...
Le personnage que j'aime le plus c'est le père. Il est supposé être très laid mais je trouve qu'il a une belle laideur cet amoureux des mots. Et Caroline quoiqu'elle n'ait pas connu sa mère a eu une belle enfance "bercée par les mots."


03 janvier 2010

Hélène Dorion L'étreinte des vents

 Juste le titre veut dire beaucoup.
Le vent qui souffle et balaie tout.

Ex perfecto nihil fit 
À partir de ce qui est parfait, rien n'advient. 

...le doute est cet extraordinaire instrument qui nous projette plus loin en avant, nous permet d'interroger les fondations sur lesquelles nous nous appuyons. Trop souvent, on a peur du doute, peur que s'écroule ce qu'il secoue et qu'il détruise ce qu'il ébranle. Mais au contraire il fortifie ce qu'il trouble, et la faille qu'il suscite nous extirpe de l'immobilité dans laquelle plus rien ne pouvait être créé.




http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2009/CBF/VousMenLirezTant200911291505_1.asx


J'ai tellement à lire.
Je n'ai pas encore fini ce livre, qui se lit à petites bouchées.
Je devrai le reprendre à la bibliothèque.
Mais j'y reviendrai.