27 juin 2009

Tanka

tiré de l'amour-poème de Keiko Yokoyama traduit par Bertrand Petit

Les premières oies sauvages
crient sur leur passage
en traversant le monde,
alors que le coeur des hommes
souffre de lassitude.

24 juin 2009

Un poème qui en dit long.


Pierre Perrault cinéaste et écrivain

LA CHANSON DE MARIE

la pomme rouge et la gelée blanche
puisqu'on parle de la vie
tourmentent le même jour
le pommier doux

dis marie
mon grand pays
au bout de ce grand bout de neige
dis ce que tu penses de la terre

de la terre qui reprendra nos visages
pour en faire des feuillages
aux branches du coudrier



21 juin 2009

Anne Hébert écrit:

La poésie n'est pas le repos du septième jour. Elle agit au coeur des six premiers jours du monde, dans le tumulte de la terre et de l'eau confondus, dans l'effort de la vie qui cherche sa nourriture et son nom. Elle est soif et faim, pain et vin.
Notre pays est à l'âge des premiers jours du monde. La vie ici est à découvrir et à nommer; ce visage obscur que nous avons, ce coeur silencieux qui est le nôtre,tous ces paysages d'avant l'homme, qui attendent d'être habités et possédés par nous, et cette parole confuse qui s'ébauche dans la nuit, tout cela appelle le jour et la lumière."
"Le poète est au monde deux fois plutôt qu'une. Une première fois il s'incarne fortement dans le monde, adhérant au monde le plus étroitement possible, par tous les pores de sa peau vivante. Une seconde fois il dit le monde qui est autour de lui et en lui et c,est une seconde vie aussi intense que la première.

20 juin 2009

Les accoucheuses tome 2

J’ai fini de lire le deuxième tome de Les accoucheuses.

J’ai trouvé le début long. L’auteure fait un retour sur le 1er tome ce qui a mon avis n’est pas nécessaire.

J’ai assisté à toutes sortes d’accouchements. J’ai beaucoup appris .

J’ai aussi beaucoup appris sur l’évolution de la médecine dans le Bas-Canada.

Ce livre je l’ai lu d’une façon plus critique.

Je peux dire qu’à certains endroits, j’ai fait de la lecture rapide.

S’il y a relecture d’une oeuvre avant sa publication certaines personnes ont dû faire aussi de la lecture rapide de ces 836 pages.

Par exemple au chapitre XXIX, on écrit qu’une sage-femme n’est pas présente à une réunion et quelques pages plus loin, elle s’interpose. ???

À plusieurs endroits, p. 646 à 647 pour en citer un, l’auteure passe d’une période de temps à une autre sans crier gare, même pas d’astérisques entre les deux.

Malgré tout j’ai envie de lire le tome 3.

On s’attache aux personnages surtout à celui de Flavie qui lutte pour atteindre son objectif i.e. devenir médecin.

En fait, c’est aussi, ce livre, l’évolution de la condition féminine.

«... Flavie s’étonne du malaise évident des personnes à proximité pendant que Françoise et elle discutent avec flamme. Elles sont rares, les dames qui osent se mêler à cette discussion, et la gêne est encore plus flagrante du côté des messieurs!

Grâce à Françoise, Flavie a compris que ce n’est pas uniquement le sujet lui-même qui cause un problème, mais le fait qu’elles en parlent ouvertement en public ! Elle a longuement médité sur le fait que, effectivement les femmes qui prennent la parole sont source de scandale...Il paraîtrait que cette attitude virile est contraire aux lois de la nature et à l’enseignement des Écritures ! »

Léonie, la mère de Flavie, a ouvert une école pour parfaire l’instruction des sages-femmes. Bien sûr, sa tâche est énorme... Nicolas Rousselle, médecin qui s’oppose farouchement au travail des sages-femmes, lui dit :

« Je suis persuadé, moi, qu’il est impossible pour une personne du sexe faible de se charger d’un tel travail, sans conséquences néfastes. Le système nerveux féminin n’est pas conçu pour l’excès intellectuel... »

07 juin 2009

Les accoucheuses Anne-Marie Sicotte

Je viens de finir de lire Les accoucheuses tome 1 (La fierté) de Anne-Marie Sicotte : une grosse brique de 866 pages. Je ne pensais pas que j’aurais ce courage. J'étais contente que les caractères soient gros. Il est évident que j’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai présentement en main le tome 2 qui est tout aussi volumineux.

Tout (relatif, mettons beaucoup) le monde parle de ce livre : un bestseller québécois. Il faut être patient pour l’avoir à la bibliothèque. Il fallait que je lise ce livre pour savoir qu’est-ce que c’était au juste. Disons qu’on ne qualifierait pas ce livre de grande littérature et encore une fois tout est relatif : Balzac, Zola : comment étaient considérés ces écrivains ? Des écrivains qui décrivent la société française de leur époque. Et bien Anne-Marie Sicotte décrit la société canadienne (Province du Canada), la vie des femmes, au I9ième siècle c’est-à-dire vers 1845-48 sur notre continent. La trame historique est véridique mais les personnages sont inventés. Le livre est très bien documenté. On se rappelle tellement mal notre histoire…L’histoire me semble le parent pauvre de l’instruction que nous avons reçue. En tout cas, j’ai le goût de refaire mes classes, de fouiller un peu plus. Et je trouve que nous ne sommes pas orgueilleux. Nous bâtissons, nous vivons l’histoire : mais savons-nous comment nous en sommes arrivés là, connaissons-nous tous les combats.


Immédiatement, on s'attache aux personnages de Léonie et Flavie.

Simon est instituteur et le père, Léonie accoucheuse et la mère . Ils ont trois enfants : Laurent , Flavie et Cécile. Flavie suit les traces de sa mère malgré l'Église .

Je n'ai pas pu faire autrement que de revenir en arrière dans ma propre vie.

De revoir comment tout se passait quand j'étais plus jeune.

J'ai été surprise de voir comment la pensée était libérale (du moins chez certaines personnes ou familles) en ce temps-là, malgré l'Église. Et je trouve qu'un siècle plus tard la pensée n'avait pas beaucoup évolué ou n'avait évolué que très lentement.

Ici, je parle de la sexualité : il faut faire une distinction entre la bourgeoisie et les gens du peuple comme il est dit. La bourgeoisie est plutôt coincée i.e. les relations entre jeunes gens se résument en du marivaudage.

Chez les gens du peuple on passe aux actes, on se touche. En tout cas Flavie sait comment faire pour retirer du plaisir sexuel sans devenir enceinte. Moi, quand j’avais cet âge, je croyais qu’à regarder un garçon je pouvais devenir enceinte. Aucun spectre d’enfer ou de péché derrière tout cela. Est-ce que l’auteur exagère un peu ?

Je suis un peu paresseuse. Je voulais copier des extraits qui m'avaient ...disons...rappelés des souvenirs ou émus mais je n'avais pas envie de tout copier c'est pourquoi j'ai photographié ces extraits. En cliquant dessus, on peut rapprocher et lire.


L'influence intempestive du clergé.






Le contexte des autres extraits :

Flavie la fille de Léonie veut devenir sage-femme. Sa mère l'initie à cette profession. Flavie et Léonie se font regarder de travers car les médecins croient posséder toute la science. Ils ont aussi peur que les sages-femmes deviennent trop importantes . Une sage-femme, femme du peuple, avait aussi la réputation d'avoir des moeurs légères. Léonie ouvre une école pour sages-femmes . Elle accepte que les étudiants en médecine viennent apprendre comment mettre des enfants au monde. Flavie a envie d'aller plus loin, d'en connaître plus sur son travail. Secrètement, elle aurait envie de devenir médecin. Léonie fait un marché avec l'école de médecine pour que Flavie puisse assister à des dissections de cadavres. Tout se fait en cachette car on ne saurait accepter des femmes à ces dissections : questions de pudeur, de résistance et de petit cerveau des femmes. De plus, un étudiant en médecine, qui vient de la bourgeoisie essaie de séduire Flavie, cette fille du peuple. Ses intentions laissent assez à désirer... Alors pour Léonie, le vase déborde car Simon, son époux, qui est très ouvert et tolérant d’habitude, lui reproche d'avoir mis sa fille en danger.




Il est aussi question du développement du féminisme.

J'ai lu des interviews d'Anne-Marie Sicotte et un point a retenu mon attention:

Encourager les auteurs québécois ! Ceux et celles des autres pays n'ont pas besoin de vous pour vivre, mais nous, oui ! C'est seulement en écrivant sans relâche que j'ai réussi à atteindre le niveau où je suis actuellement. Aurais-je pu écrire en vase clos pendant trente ans ? La réaction du public est essentielle pour nous forger en tant qu'auteur, pour nous mettre sous le nez nos forces et nos faiblesses. Et pour écrire, il faut pouvoir en vivre ! Si nos éditeurs ont une grande responsabilité à ce niveau (de meilleurs droits d'auteurs), le public lecteur en a une très grande également.

Il y aura une suite quand j’aurai fini le deuxième tome.