03 mai 2012

Jean Provencher écrit...

 dans L'homme enchevêtré

Flamme banale
L'étincelle muette infuse, s'insinue entre les cordes sensibles, gagne doucement, comme à la dérive, chaque entaille. Dérive bientôt rageuse, implacable.
L'étincelle se prépare au combat dans une sorte de compassion. Dévorante.
p. 37 
 

02 mai 2012

Une blessure de luxe

Le voyage quotidien
sous le fardeau du mensonge
Derrière les masques multiples.
Faire semblant de se battre
pour devenir.
Éviter de voir
ce qui se trame sous les choses.

La conscience est une coupure profonde.
Une blessure de luxe.

Pour le reste, chacun sait qu'il est sage
d'assurer sa survie avant de mourir.

Laurier Veilleux La peur des éclipses p.46

01 mai 2012

Étrangement...

Mes lectures se recoupent.

Michel Pleau écrit dans Regards sur le poème :

Le poème est une terre qu'il faut remuer avec délicatesse.  Le travail du poète consiste à retrouver ce qu'il a enterré. Rouvrir la petite boîte des mots et redonner la mémoire aux choses et aux êtres en lui, leur laisser reprendre la parole. Il se cache sous les décombres du poème l'autre que je cherche et dont j'entends la respiration en moi. L'autre n'est pas ailleurs que dans la conquête du langage, que je déterre enfin, pour retrouver une voix originelle. p. 13
Mais elles diffèrent.

Je lis présentement un roman de Jean-Paul Dubois : Le cas Sneijder

Le personnage parle aussi de la mémoire qui est plutôt dérangeante pour lui.

Je me souviens de tout ce que j'ai fait, dit ou entendu. Des êtres et des choses, de l'essentiel comme du détail, fût-il mièvre, insignifiant ou superfétatoire.  Je garde, je stocke, j'accumule, sans discernement ni hiérarchie, m'encombrant d'un accablant fardeau qui en permanence travaille mon âme et mes os. Je voudrais parfois libérer mon esprit et me déprendre de ma mémoire. Trancher dans le passé avec un hachoir de boucher. Mais cela m'est impossible...Je n’oublie rien. Je suis privé de cette capacité d’effacement qui nous permet de nous alléger du poids de notre passé. En le retaillant saison après saison, en lui donnant une forme acceptable, nous nous efforçons de le cantonner dans des domaines raisonnables. C’est la seule façon de lutter contre cette fonction d’enregistrement envahissante et destructrice. Mais quelle que soit l’ampleur de nos coupes, année après année, tel un lierre têtu et dévorant, lentement, notre mémoire nous tue. Préface du livre.

 Je pense à la mémoire, à son emprise accablante, à ces lests écrasants qu'elle dépose en nous avec une constance désarmante. Parfois lorsque je suis en haut, à ma table, ou dans mon lit, à attendre le sommeil, je la sens se glisser à mon côté, serpent à l'épiderme glacial, afin de m'infliger les films de ses archives, tout ce que je n'aurais pas dû voir, tout ce que je redoutais, (...).
On ne devrait plus se rappeler d'où l'on vient ni où l'on va. J'aimerais appartenir à une espèce amnésique, conçue pour vivre au jour le jour, débarrassée de l'histoire, filant sa vie au gré des rythmes nycthéméraux. Sans aucun patrimoine. Ni passif. Ni génétique. Pas de lien, pas de cariotype. Une aube, un jour, et voilà tout. Chaque matin l'odeur du neuf. Et tout un monde à flairer. Je ne sais à quoi pourrait bien ressembler une pareille vie, mais elle ne pourrait être pire que celle que nous essayons de mener sous l'envahissant protectorat de la mémoire. p.62