29 avril 2012

LES OFFENSÉS

LES OFFENSÉS


Par ordre de famine les indigents furent alignés
Par ordre de colère les séditieux furent examinés
Par ordre de bonne conscience les maîtres furent jugés
Par ordre d'offense les humiliés furent questionnés
Par ordre de blessure les crucifiés furent considérés.
En cette misère extrême les muets venaient en tête
Tout un peuple de muets se tenait sur les barricades
Leur désir de parole était si urgent
Que le Verbe vint à leur rencontre de par les rues
Le faix dont on le chargea fut si lourd
Que le cri « feu » lui éclata du cœur
En guise de parole.


Anne Hébert p. 114 Oeuvre poétique 1950-1990

Anne Hébert écrit...

Écrire un poème s'est tenter de faire venir au grand jour quelque chose qui est caché. Un peu comme une source souterraine qu'il s'agirait d'appréhender dans le silence de la terre. Le poète est une sorte de sourcier, sans baguette de coudrier, ni aucune baguette magique, qui se contente d'être attentif (à la pointe extrême de l'attention), au cheminement le plus lointain d'une source vive. La moindre distraction de sa part suffirait pour que disparaisse et se cache ailleurs ce souffle d'eau dans le noir, cette petite voix impérieuse qui cogne contre son coeur et qui demande la parole.

La ferveur ne suffit pas, il faut la patience quotidienne de celui qui attend et qui cherche, et le silence et l'espoir, sans cesse ranimés, au bord du désespoir, afin que la parole surgisse, intacte et fraîche, juste et vigoureuse. Et alors vient la joie.

Le poète est au monde deux fois plutôt qu'une. Une première fois il s'incarne fortement dans le monde, adhérant au monde le plus étroitement possible, par tous les pores de sa peau vivante. Une seconde fois il dit le monde qui est autour de lui et en lui et c'est une seconde vie aussi intense que la première.

L'imaginaire est fait du noyau même de notre être avec tout ce que la vie, au cours des années, a amassé de joie et de peine, d'amour et de colère, tandis que la terre qui nous entoure fait pression, dans sa puissance énorme, et s'engouffre et il y a passage du dehors au dedans et du dedans au-dehors, échange et jubilation. Le poète saisit sa propre vie à deux mains, au moment même où l'univers sauvage bascule en lui. La parole, empoignée de toutes parts, est dite, surprenante et de naissance inconnue, pourrait-on croire, tant l'événement nous dépasse et nous enchante. p. 97 Oeuvre poétique 1950-1990.

Boréal Compact.


28 avril 2012

Nos poètes québécois.

Nous parlons beaucoup des romanciers québécois et peu des poètes québécois.

Les poètes qui mettent un baume sur les égratignures et les autres blessures plus profondes.
Un poème ne se lit pas comme un roman.
Il faut le lire à petites bouchées et le savourer.

Souvent  il faut le lire à haute voix et le laisser agir doucement comme une médecine douce.
Souvent, il faut le relire sans se poser mille questions.

Voici une petite bouchée d'un poème de Michel Pleau tirée de son dernier livre : Le petit livre de l'été.

Les fraises des bois nourrissent l’âme et tachent les doigts. On ne sait pas encore qu’ elles mûriront longtemps dans la mémoire. Pour l’instant, on s’agenouille, on récolte le bonheur au ras du sol. p. 62

19 avril 2012

RAS LE BOL

Pourquoi faudrait-il se sentir coupable ?
Pourquoi faudrait-il se sentir coupable de vivre à l'aise en cette fin de vie ?

Selon certains, on devrait se sentir coupable d'avoir fait des études et surtout que nos parents aient payés ces études. Pourtant, mon père a travaillé à la sueur de son front. Il en est mort dans la jeune cinquantaine. Nous étions six à la maison.
Mon époux, ils étaient 11 enfants. Ces enfants ont aussi fait des études universitaires pour la plupart. Et qui a payé, le père qui entretenait une petite terre.
Nous avons, à notre tour, travaillé à la sueur de notre front et payé des impôts que nous payons encore. En même temps, nous avons eu nous aussi des enfants que nous avons élevés sans l'aide de l'état et dont nous avons payé les études.

Tous les matins, durant notre vie d'adulte, nous nous sommes levés pour aller travailler.

Pourquoi faudrait-il se sentir coupable de vivre à l'aise en cette fin de vie ?

05 avril 2012

Lune

La lune m'a dit:
regarde-moi, je suis là -

Vite, une échelle.

02 avril 2012

Le prince de la brume, Carlos Ruiz Zafon.

Le Prince de la brume relate l'histoire de Max et Alicia, sa soeur. En 1943, pendant la guerre, leur père Maximilien Carver, horloger, décide de quitter sa ville et de migrer vers une petite ville sur les rivages de l'atlantique, en Angleterre. Il ne veut pas exposer sa famille aux affres de la guerre. Ils habiteront une maison laissée à l'abandon par le docteur Fleischmann et son épouse. Très tôt, Max se rendra compte de quelques anomalies dans le jardin tout près de la maison. Leur petite soeur Irina adoptera aussi un chat errant qui a des comportement suspects. Max et puis Alicia feront la rencontre de Roland avec lequel ils se lieront d'amitié. Roland aime plonger tout près d'un bateau naufragé. Ils rapportent souvent des trophées. Il entrainera ses amis dans son sillage.
Mais là entre en jeu, Le Prince de la brume, un esprit maléfique qui ne les ménagera pas.

Carlos Ruiz Zafón a écrit ce roman pour la jeunesse, je dirais pour les adolescents. Au début du livre, il y a une note de l'auteur dans laquelle Carlos Ruiz Zafón souhaite que son livre plaise aussi aux adultes. Il n'a pas manqué son coup. J'avais déjà lu L'ombre du vent que j'avais beaucoup apprécié.
Sûrement que les ados et les autres apprécieront le suspense qui nous tient jusqu'au bout et son côté fantastique qui nous capte totalement. Je pourrais même dire que j'en ai rêvé. Avec ce livre, il a commencé sa carrière d'écrivain en 1992. Je lirai certainement les autres.