26 août 2010

L'énigme du retour, Dany Laferrière

Partout, on ne dit que du bien de ce livre.

Tu dois être la seule au pays à ne pas avoir lu Dany Laferrière, me dis-je.
J'avais des problèmes avec l'homme que j'écoutais dans ses débuts. Je ne pouvais pas le blairer, ni lire trois lignes...
car j'ai essayé
rien à faire.
J'ai regardé sa photo à l'intérieur de la page couverture, j'ai regardé sa main, car je trouve que les mains nous ou plutôt me renseignent beaucoup sur les gens
et j'ai pensé que sa main me plaisait.

Ce livre m'a poussée à vouloir en savoir plus sur l'homme,c'est pourquoi, j'ai regardé en différé l'émission Contact avec
Stéphan Bureau et Dany Laferrière.
Maintenant, j'ai l'impression d'avoir violé un peu son intimité, lui, qui est si jaloux de son intimité.
Il dit dans cette émission qu'il est un homme en trois morceaux:
son coeur est à Port-au-Prince
son esprit, le combat, est à Montréal
la zone neutre est à Miami.
Il y a aussi un lieu spécial: Petit Goâve.

Je suppose qu'il y a un temps pour tout,
surtout que maintenant je crois avoir saisi ce que vit un écrivain en exil, en constante recherche de son identité.

Alors, Dany Laferrière est-il haïtien, canadien ou américain ?

"Mon neveu voudrait devenir un écrivain célèbre.
Son père est un poète en danger de mort.
Son oncle, un romancier vivant en exil.
Pour son grand-père ce fut la mort en exil."

"Arrivé au Nord, il m'a fallu me défaire
de toute la lourde réalité du Sud
qui me sortait par les pores.
J'ai mis trente-trois ans à m'adapter
à ce pays d'hiver où tout est si différent
de ce que j'avais connu auparavant.

De retour dans le Sud après toutes ces années
je me retrouve dans la situation de quelqu'un
qui doit réapprendre ce qu'il sait déjà
mais dont il a dû se défaire en chemin.

J'avoue qu'il est facile
d'apprendre que de réapprendre.
Mais le plus dur c'est encore
de désapprendre."

" Du balcon de l'hôtel, je vois la place,
le marché, la librairie
et au loin la route poussiéreuse qui descend
vers la maison de ma mère.
À part mon escapade avec cet ami vers sa ferme
je n'ai pas quitté ce périmètre de sécurité.

Qu'est-ce qui m'effraie donc ?....
Si je ne m'éloigne pas trop du cercle doré, c'est pour ne pas me sentir étranger dans ma propre ville. Je repousse chaque fois le moment de cette confrontation."

"Je m'étais promis de ne pas regarder la ville
avec les yeux du passé.
Les images d'hier cherchent sans cesse
à se superposer à celles d'aujourd'hui.
Je navigue dans deux temps."

...." La veille, j'avais pris un jus de fruit dans une goguette sur mon chemin, juste pour me prouver que j'étais toujours l'enfant du pays."

" Je suis resté un long moment
debout sous cette pluie fine....
De jeunes enfants ....
sont venus m'entourer
comme si j'étais une étrange apparition.
J'ai eu beau leur parler en créole rien n'y a fait.

C'est là que j'ai compris
qu'il ne suffit pas de parler créole
pour se métamorphoser en Haïtien.....
On ne peut être haïtien que hors d'Haïti."

Tout ce préambule pour dire que le livre m'a plu.
La maison d'édition le qualifie de roman.
Roman? Je ne vois pas.
Des haïkus non plus.


3 commentaires:

ClaudeL a dit...

Un livre (au diable l'étiquette, l'éditeur des livres de Michel David disait romans historiques alors que l'auteur lui-même disait plutôt chroniques d'une époque,ce avec quoi je suis plutôt d'accord, alors pour L'énigme, je choisirais récit) que j'ai lu en plusieurs jours, plusieurs semaines, dont je n'ai jamais trouvé le fil de l'histoire qui m'aurait retenue. Mais pour être bien écrit ce l'est. Je n'aurais pas relevé autant de phrases que toi à surligner...
Mais je crois que le fait haïtien ne m'intéresse pas. À preuve aux Correspondances, je n'ai assisté à aucun spectacle ou café en rapport avec Haïti.
On n'est pas obligé d'aimer tous les genres non plus ou le momentum était passé, comme Hélène Rioux disait en parlant de Yourcenar je crois.

Ginette a dit...

Je crois que je suis un peu comme toi.
Mais je peux dire que je le comprends mieux maintenant.
Il y a de ses propos quand il parle avec Stéphan Bureau qui m'agacent encore un peu. Je n'ai pas fini d'écouter.

Venise a dit...

Eh bien, moi, je ne l'ai pas encore lu. Et c'est pas du tout une bonne chose. C'est pas nécessairement évident de lire après tous, et plus j'attends plus de gens le lisent.

J'ai l'impression d'amener tous les commentaires des autres avec moi. Il s'agit maintenant de voir, est-ce qu'il me captivera suffisamment pour que d'un mouvement d'épaule, je fasse tomber tout ce que j'ai entendu et que j'entreprenne un face à face avec l'auteur. J'ai confiance, l'homme me captive.