27 mars 2016

Port St Joe Fl


St Joe.

 

Je me berce sur la galerie de cette maison louée, à deux coins de rue du golfe du Mexique. Mon café à la main, j’écoute le jour se lever. L’aube m’enveloppe de sa moiteur.

Nous sommes à la limite d’un fuseau horaire. Quand sept heures sonne ici, il est six heures à quelques kilomètres plus loin. Tout ici s’éveille lentement. Nuls rayons de soleil à l’horizon. Seuls  les oiseaux gazouillent depuis quelques heures déjà et quelques automobilistes qui sillonnent les rues.

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Je transporte ma chaise sur la plage.

Nous aimons marcher une heure ou deux sur ces plages quasi infinies et désertes en mars, la tête penchée, à l’affût des coquillages. Nous sourions quand nous voyons les pluviers effarouchés s’enfuir devant nous en picorant sans cesse et les mouettes rieuses indignées de nous voir sur leur territoire. Plus loin, là-bas, des pêcheurs du dimanche ont planté leurs lignes dans le sable et ils attendent assis au soleil et dans le vent. Un jour, nous avons vu deux urubus se délectant d’un canard mort. Et puis, après avoir marché nos dix milles pas quotidien nous nous assoyions pour un peu de repos et nous écoutons, sentons l’humeur de la mer. Que demander de mieux ?

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Je déplace ma chaise à l’arrière de la maison pour une période de lecture. Je suis le soleil. Il est à son zénith.

Bien vite, je suis distraite par mon ami Anole. Anole (anolis carolinensis) est un petit lézard vert quasi filiforme. Je l’observe depuis quelques jours déjà. Je l’ai vu changer de couleur. Pour mieux se camoufler, il devient vert dans le feuillage, et brun sur la branche d’un arbre. Petit caméléon sans en être un, il passe du vert au brun et du brun au vert selon ses émotions et la température. Le voilà qu’il essaie de m’impressionner en balançant sa tête et en déployant son fanon gulaire.


 

Les écureuils avec leur queue accroche-cœur me narguent. Ils viennent voler sous mon nez les graines des oiseaux. Si je veux les chasser, ils se dressent sur leurs pattes de derrière et crient, histoire de m’affoler un peu. Et c’est la poursuite d’un arbre à l’autre.

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De retour à la berçante sur la galerie, j’y traîne mon tricot. Je tricote une chaussette. Des mailles à l’endroit et une petite variation sur le dessus du pied. Ce tricot automate me permet de regarder les alentours, mine de rien. Des voitures passent régulièrement devant ma porte. On ne me connaît pas mais on me salue. Mes mains prisonnières ne répondent pas. Je compare les mœurs. Chez-nous, les gens baissent la tête quand on les rencontre.

À ma droite, un parc où je n’oserais pas m’aventurer. Madame y amène son chien mais curieusement elle n’a pas de petits sacs.

Le soleil achève sa course. Ses rayons encore chauds me comblent.

 

Ginette Chicoine ©