14 avril 2010

Autopsie d'un tireur fou Serge Prenoveau.

Quatrième de couverture
Le titre de ce livre est un mensonge. Il manque à ce roman le constat d’un coroner et surtout, un halluciné qui tue à la volée…
Mais c’est connu, les auteurs prennent toutes les libertés et, souvent, au lieu de raconter ce qu’ils annoncent, ils passent derrière et nous livrent le récit d’une vie qui aurait pu y mener.
C’est la méthode de Serge Prenoveau qui nous révèle celle d’un personnage aux jours jonchés de grisaille, d’ambitions brisées, d’amours déçues, et de longues heures solitaires. Une vie de frustrations qui développe, en crescendo, des idées noires délirantes. Un monde sans éclat, mais oh! combien dense, où il nous plonge sans retenue avec des coups de plume à la fois si sensibles et si incisifs, que les yeux nous piquent. D’émotion.
On le lit à la course car son écriture nous emporte et, à la fin, le temps de reprendre son souffle, on revient au titre. Et on a compris.

Serge Prenoveau est cytologiste de son état. Avec ce premier roman, il aborde l’écriture avec humilité, vérité et talent.

Mon avis:

Pour être bien écrit, c'est bien écrit. Mais cela suffit-il pour faire un bon roman?
Le titre est racoleur. D'ailleurs, l'éditeur le dit en quatrième de couverture. Mais... nous verrons, pensais-je. Peut-être, est-ce seulement pour piquer notre curiosité.
En fait, nous entendons parler du tireur fou dans le prologue.Simon, le principal personnage de ce livre, se demande ce qui peut faire perdre les pédales à quelqu'un. Et il nous raconte sa vie pour nous montrer, j'imagine, qu'il aurait bien pu devenir ce tireur fou.
Le premier chapitre commence ainsi:
Lorsque j'avais un an et demi, j'ai eu la poliomyélite. Alors on m'a mis sur un lit à l'hôpital, on m'y a attaché et j'y suis demeuré six mois. Et c'est pendant cette période précise du tout début de ma vie que je suis mort, que l'on m'a assassiné.

Quand j'ai lu ce premier paragraphe, je me suis dit, ce livre promet.

Pendant les 6 mois, il attendra que sa mère vienne le voir. Elle y est allée deux ou trois fois. Elle avait d'autres chats à fouetter. Il s'est senti abandonné. Et quand il est retourné à la maison il a retrouvé sa mère mais

elle n'était plus réellement là, elle n'était pas là comme les mois d'attente interminable me l'avaient fait espérer. Elle aussi était morte le jour où l'on m'avait déraciné d'elle. Inconsciemment, par instinct de survie peut-être, mon cerveau et les circonstances l'avaient transformée en fantasme, un paradis perdu que je chercherais aveuglément jusqu'à ma mort dans une quête religieusement utopique.

Et tout le livre nous raconte ce mal de vivre de l'enfance jusqu'à 52 ans, ce manque de la mère.
Il m'arrivait parfois de passer en mode attaque, comme ça, pour rien, par méchanceté; mon coeur aveuglément criait vengeance, aveuglément je tirais dans le tas. Je devais ma survie psychologique à la haine qui m'animait depuis tout jeune, même si j'ignorais l'origine et l'objet de cette haine. j'en voulais au monde entier et ma rage, ma révolte, n,avait fait que croître au fur et à mesure que je grandissais. Elle avait longtemps macéré, s'était condensée, acidifiée. Oui, j'avais survécu, mais seul. Je réalise aujourd'hui seulement que mon refuge de solitude haineuse et blindée m'isolait davantage, m'étouffait à petit feu, à chaque jour que je croyais vivre. Le recul des ans m'a amené à conclure que la haine, c'est de l'amour non exprimé.

Il sera le seul de sa famille à s'occuper de sa mère vieilissante, de cette mère à qui il n'arrivera jamais à exprimer un soupçon d'amour.

Un livre triste. Vers la fin j'en ai passé des bouts. J'aurais eu envie de lumière.

Un livre c'est aussi un plaisir.


1 commentaire:

Venise a dit...

Il faut filer pour le plaisir de la tristesse, faut-il croire.

Je l'ai en ma possession, celui-là aussi.