29 janvier 2006

Écrire. Qu'est-ce qu'il faut , au juste, pour écrire?
Pour écrire, il faut un crayon, du papier, une lampe, une planche, un peu de pain, un verre, du silence, de la tranquillité, des conditions - comment dire? - des conditions d'inertie dynamique. Il faut de l'eau, de l'air, de la terre et du feu. Et puis du temps. De longues plages de temps, des grèves, des anses, des fjords de temps gagnés à même le fleuve de la vie qui va. Il faut aussi, je pense, de l'audace. De l'audace liée au désir constant et inassouvissable de partir seul, de plonger, de circuler au fond, au désir de traquer ce qui remue là et que vous n'avez encore jamais pu nommer, au désir de faire, de fabriquer, d'inventer une histoire, un poème, un texte qui vous fonde et vous porte. Ensuite, il vous faut des mots, des souvenirs, beaucoup de souvenirs, des souvenirs qui n'appartiennent qu'à vous et qui seuls sont capables de fournir une matière neuve. Ces souvenirs cherchent depuis toujours à trouver vie et forme dans des mots. Votre métier d'artisan consiste justement à faire monter ces mots de vos profondeurs, à organiser, à charpenter ces matériaux quand ils commencent à affluer dans votre esprit. Cela prend du temps. Beaucoup de temps.Du temps, il en faut, puisque l'opération première, c'est l'attente. Travailler, pour un écrivain, c'est prendre un outil dans sa main, poser cet outil sur la page blanche. Et attendre. Être là à attendre, même si le corps souffre, même si l'esprit semble désert. Attendre qu'une vie advienne, attendre que de la réalité tactile une sorte de réel émerge. Tout est dans l'attente. Jamais il ne faut quitter la page des yeux, jamais. Bientôt, un mot surgira, puis un autre, qui permettront l'invention d'une première phrase. L'apparition de la première phrase sur la page: bonheur et récompense majeure de l'artisan. Pierre Morency La vie entière. p.80, 81.




La voix intérieure me disait: tu dois tendre vers le bonheur. C'est une nécessité vitale, presque une obligation venue de ton destin. Tu dois être heureux et pas seulement faire semblant que tu l'es, comme il arrive si souvent dans les premiers cycles de l'âge adulte. N'attends pas les niagaras, les dons fabuleux, les bouts du monde, les êtres à peine réels dispensant des amours sans fin. Dépouille-toi. Lave-toi de ces idées toutes faites, de ces jugements pervers qui circulent autour de toi et qui émanent des systèmes de la négation et de la pesanteur. Allège-toi. Pendant des années tu as laissé pénétrer dans ton cerveau des opinions dont tu n'as que faire désormais Rien n'est vrai pour toi que ce qui naît de toi. Dépouille-toi, oublie même les beaux préceptes, si lumineux soient-ils. Pour un temps, ils nous accompagnent sur le sentier, mais vient vite l'heure où il faut aller à son allure. Réforme-toi toi-même. Tu traverses en ce moment une plaine d'herbe rase et tu es seul. … Je te dis simplement: sois. idem p.135-136

1 commentaire:

Véro a dit...

Mmmmm. Ça c'est bon. C'est vrai. C'est quoi ce livre? Ça vaut la peine? C'est à toi? J'aimerais bien, après.