03 décembre 2005

Une histoire de la lecture, Alberto Manguel Actes Sud Leméac

Voici les quelques mots que j'ai retenus de cette lecture.

p. 18

Il y avait là du plaisir, mais un plaisir qui s'usait. Il n'y avait pas de surprise.

p. 20

Et pourtant, dans chaque cas, c'est le lecteur qui lit le sens; c'est le lecteur qui accorde ou reconnaît à un objet, un lieu ou un événement une certaine lisibilité; il revient au lecteur d'attribuer une signification à un système de signes et puis de le déchiffrer. tous, nous nous lisons nous-mêmes et lisons le monde qui nous entoure afin d'apercevoir ce que nous sommes et où nous nous trouvons. Nous lisons pour comprendre, ou pour commencer à comprendre. Nous ne pouvons que lire. Lire, presque autant que respirer, est notre fonction essentielle.

p.27

Je crois que je lisais de deux façons au moins. La première consistait à suivre, en apnée, le événements et les personnages, sans m'arrêter aux détails, à un train dont l'accélération emportait parfois le récit au-delà de la dernière page… La seconde était une exploration attentive, un examen minutieux du texte afin d'en démêler le sens, en prenant plaisir non seulement à la sonorité des mots ou aux indices que les mots ne désiraient pas révéler, mais à ce que je soupçonnais d'être caché tout au fond de l'histoire, trop terrible ou trop merveilleux pour être regardé.

p.220,221,222

Un écrivain peut construire un texte de bien des façons, en choisissant dans le stock commun les mots qui lui paraissent le mieux exprimer son message. Mais le lecteur qui reçoit ce texte n'est pas confiné à une seule interprétation. …Tout écrit est lisible même si l'instant de sa création est perdu à jamais et même si l'on ignore ce que son auteur voulait dire au moment où il l'écrivait, qui est aussi celui où il l'abandonnait à sa dérive essentielle. C'est la raison pour laquelle l'auteur (l'écrivain, le scribe) qui souhaite sauvegarder et imposer un sens doit être aussi le lecteur.

Dans un texte célèbre Roland Barthes suggérait qu'on distingue l'écrivain de l'écrivant: le premier accomplit une fonction, le second une activité; pour l'écrivain, écrire est un verbe intransitif; pour l'écrivant, le verbe mène toujours à un objectif ,- endoctrinement, témoignage, explication, enseignement "Écrivains et écrivants" in Essais critiques (Paris, Seuil,1971)

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