21 février 2012

Un goût de jeunesse

Sporadiquement, je prépare ces tartines pour déjeuner.
La première fois que j'en ai mangé, j'étais au couvent. On ne disait pas des tartines, on disait des toasts à la mélasse. Ce jour-là, il y en avait des montagnes, au centre des grandes tables, des pensionnaires que nous étions.
Rien que d'y penser, je salive.
Dégoulinantes de mélasse.
Imprégnées de mélasse. Nos doigts tout collés.







Elles me rappellent qu'un jour ce fut la fin.
La fin de l'école élémentaire comme on disait en ce temps.
Il fallait choisir, l'ordinaire ou l'extraordinaire.

Fallait-il vraiment choisir ?
Non, pas vraiment. Mais déjà, j'avais des goût différents.
Déjà, je m'affirmais. Il fallait que je sorte de l'ordinaire.
Comment cela m'est-il venu ?
Mystère et boule de gomme.

Mes parents n'étaient pas instruits. Ils auraient voulu l'être. Mon père en souffrait. Pour eux, s'instruire était primordial. Mon père nous répétait souvent qu'il nous léguait l'instruction.
Pour moi, l'ordinaire, consistait à continuer à fréquenter l'école de ma ville et ensuite l'école normale.
Moi, je voulais faire mon cours classique : apprendre le latin et tout et tout.
J'avais Judith Jasmin dans ma mire. Rien de moins. Que d'ambition !

Alors mes parents m'inscrivirent au collège de Lachine chez les soeurs de Sainte-Anne. J'étais loin de me douter des contraintes de la vie de pensionnaire. J'y restai deux ans.

Les tartines hantent encore ma bouche.





4 commentaires:

Véronique a dit...

Miam... Ça me rappelle ma jeunesse, moi. J'aime bien en faire une fois de temps en temps. Je commence tranquillement à avoir le tour: il faut que la mélasse passe de bord en bord...

ClaudeL a dit...

Trois? Pas que le déjeuner!
J'aime bien quand tu nous conte ces petites histoires de vie.
J'ai appris le latin pendant cinq ans, j'ai coulé en latin la dernière année, j'ai tout repris en histoire... une fois à l'école normale.

ClaudeL a dit...

Tu nous contes avec un "s"! Tu vois, le latin, ça ne règle pas tout!

Ginette a dit...

Mon époux scanne nos vieilles diapositives et nos photos pour les numériser.
Tout un passé renaît ainsi.