27 février 2010

Je veux rentrer chez-moi. Marité Villeneuve

  
Un autre livre sur la maladie d’Alzheimer, une autre voix.
Le premier que j'ai lu parlait au masculin. Je devinais bien sous une écriture calme, le désarroi. Mais c'était un livre presque rassurant.
Avec Marité Villeneuve (que j'ai déjà eu comme professeur en atelier d'écriture) tout se passe autrement. Elle a décidé de tenir un journal. En fait, ce sont des carnets.
Elle dit: " J'aime cette forme d'écriture qui permet de montrer la vie sous ses multiples facettes. En révélant certains affects habituellement relégués dans l'ombre (sautes d'humeur, émotions, doutes, contradictions, paradoxes, etc.),le journal permet de constater la complexité des êtres et des choses...
Moi qui dis souvent que je suis témoin de la vie, que je n'écris que pour cela: témoigner en partageant ce que j'ai vu, ce que j'ai vécu, ce que j'ai appris; témoigner aussi de ma vie intérieure, des traces laissés en moi par les expériences présentes et passées, de la sensibilité qui s'est développée à partir de ces expériences... Écrire pour construire un savoir sur la vie qui s'élabore à partir de la vie même."

Carnet 1 Carnet des petits bonheurs.

...on s'entend généralement pour situer la maladie, ou du moins les interventions qu'elle nécessite, au carrefour du physique, du psychologique et du social. Maladie physique en ce qu'elle implique des lésions cérébrales qui affectent la mémoire, l'orientation, la motricité, la perception et le langage; psychologique en raison de son impact sur l'affectivité et la personnalité tout entière; sociale à cause de ses répercussions sur la vie professionnelle et sur l'entourage de la personne....derrière chaque maladie il y a une personne, et derrière chaque personne une histoire.
Carnet 2 Carnet des combats.

... la dimension tyrannique de la maladie est revenue. Quelque chose qui vous draine une énergie terrible et rend la vie infernale à tout le monde.
      Ce que cela provoque chez moi en ce moment, c'est l'envie de déguerpir.   De placer maman. Qu'on l'assome de médicamanets. Que cela finisse. Qu'elle meure. Respirer. M'évader. Rompre ma promesse que je serai toujours là. Reprendre ma liberté. En finir avec l'héroïsme. Seulement vivre, quoi! ...

Maman souffre beaucoup de ces temps-ci. Elle voit ce que je fais pour elle. Elle se trouve lourde à porter, me le répète souvent. Elle appelle la mort pour être libérée et libérer les autres autour d'elle....Elle souffre de sa tyrannie mais ne peut s'empêcher d'agir ainsi.
   
La maladie place la personne atteinte  dans un état de dépendance insoutenable pour elle-même d'abord. Sa tyrannie est l'expression de cette souffrance. Elle cherche à échapper à sa prison intérieure.

Le pire dans tout cela, c'est qu'elle en est consciente, encore et encore, consciente de cette diminution, de cette désintégration de son univers, d'où l'immense angoisse.

Le refus de la dépendance...La pudeur blessée. L'humiliation. L'obligation de se soumettre...Voilà ce à quoi ma mère a réagi. Et qu'on n'aille pas toujours mettre les troubles du comportement sur le compte de l'Alzheimer!
Carnet 3 Créer un monde habitable.

Les carnets correspondent aux années de maladie.
Année d'équilibre si on peut dire: "moins dans l'émotion et plus dans l'action."

En parlant de la maladie d'Alzheimer en général elle dit:" On a beau avoir un diagnostic semblable, la personnalité demeure. Chaque personne a sa manière  d'être au monde, d'entrer en relation avec les autres, son style, sa façon d'être attachante."

Carnet 4 Les errances

Sa mère n'a plus de frontières c'est-à-dire tout ce qui l'entoure est à elle, tout est elle. Tout l'agresse. Marité V. crée des frontières à sa mère en la serrant dans ses bras, en fermant la porte de sa chambre ...

Elle fait allusion à un livre qu'elle lit : Le nom de la mère de Lori Saint-Martin, un essai sur la relation mères-filles à travers la littérature québécoise au féminin.
Ce sujet m'a toujours intéressé car la mère est souvent la mal-aimée dans beaucoup de livres féminins québécois. Et Marité Villeneuve nous dit à son tour qu'elle était matrophobe c'est-à-dire qu'elle avait peur de ressembler à sa mère, elle ne voulait pas ressembler à sa mère.


Lori Saint-Martin cite une phrase de Gabrielle Roy tirée de La route d'Altamont : " À celle qui nous a donné le jour, on donne naissance à notre tour quand, tôt ou tard,  nous l'accueillons enfin dans notre moi. Dès lors, elle habite en nous autant que nous avons habité en elle avant de venir au monde."

Carnet 5 carnet des filiations

Ici Marité Villeneuve me fait penser à Bobin.
Elle dit: Avant, je ne savais rien de la douleur des mères. De la terrible angoisse des mères devant la vulnérabilité d'un petit. ...À présent, c'est moi qui m'éveille la nuit et qui m'inquiète parfois.

Carnet 6 carnet de la réparation.

Sa mère est en phase finale. On ne peut plus la garder dans cette résidence. Où la placer alors ?

Il y a quelque chose de honteux à devoir quémander un lit pour finir ses jours quand on a travaillé pendant toute une vie, qu'on ne possède plus rien, plus de mémoire, et à présent même plus de lit...

Livre très bien écrit. Livre sincère. Livre humain.

 
Pendant cette période, elle publie un livre de poésie,  Pays d'épaule et de mousse.
Elle dit : " Pendant des années on travaille dans l'ombre, sans savoir si ce qu'on fait vaut la peine....Faire une oeuvre oblige à sortir de l'ombre.

                                        Quatrième de couverture:
Un récit bouleversant qui mêle, avec sobriété et émotion, des pensées sur la vieillesse, la mort, les métamorphoses de la vie, le bonheur, mais tout aussi bien des considérations concrètes sur le système québécois de la santé, les lieux d’hébergement pour les personnes âgées, les réseaux de soutien aux familles. Tous ceux qui voient un de leurs proches se débattre avec la maladie d’Alzheimer y trouveront un fraternel réconfort.


Née au Saguenay, Marité Villeneuve a poursuivi des études universitaires en France où elle a obtenu une maîtrise en psychologie. De retour au Québec, elle a exercé la profession de psychologue pendant vingt ans tout en poursuivant une démarche littéraire. Auteure de nouvelles et d’essais, poète, conférencière, elle anime également des ateliers d’écriture.




Écrire, c'est un peu comme ouvrir une armoire en désordre. Tout y revient pêle-mêle, par bribes, ou comme un fil sur lequel on tire dans une pelote bien serrée. J'ai beau essayer de classer mes idées, d'ordonner les passages, de découper les idées selon des chapitres facultatifs; découpages inutiles, l'écriture préfère ce fouillis, cette liberté.


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