17 février 2006

Méchamment les oiseaux: Suzanne Prou.

En vérité, j'ai peu pensé jusqu'ici. Je n'ai pas eu le temps: les nécessités quotidiennes m'ont tenu captif, le travail, les obligations familiales, les mille tracas de chaque jour ont fait de moi un être asservi à l'immédiat.

Mais, depuis le commencement de mon inactivité forcée, je me prends à me retourner sur moi-même, à m'examiner. Tout un remous de vieilles sensations bouge en moi, monte à mes lèvres, à ma peau, fourmille au bout de mes doigts. Je me sens vaste, profond, jeune et vieux à la fois. Je suis comme un marin au retour d'un voyage, d'un pillage: son sac est bourré de richesses enfouies à la hâte, non triées, pas même dénombrées;il s'arrête un moment, il pose son bagage, il l'ouvre, il y enfonce une main prudente et avide. Il n'inventorie pas, il remue, du bout des doigts, à l'aveuglette, ses trésors; il ne les identifie pas, il les caresse, il les tâte, au hasard. Puis, il resserre les cordons du sac: il a le temps.

1 commentaire:

Julie La Salle a dit...

Très interessant comme texte.