01 mai 2012

Étrangement...

Mes lectures se recoupent.

Michel Pleau écrit dans Regards sur le poème :

Le poème est une terre qu'il faut remuer avec délicatesse.  Le travail du poète consiste à retrouver ce qu'il a enterré. Rouvrir la petite boîte des mots et redonner la mémoire aux choses et aux êtres en lui, leur laisser reprendre la parole. Il se cache sous les décombres du poème l'autre que je cherche et dont j'entends la respiration en moi. L'autre n'est pas ailleurs que dans la conquête du langage, que je déterre enfin, pour retrouver une voix originelle. p. 13
Mais elles diffèrent.

Je lis présentement un roman de Jean-Paul Dubois : Le cas Sneijder

Le personnage parle aussi de la mémoire qui est plutôt dérangeante pour lui.

Je me souviens de tout ce que j'ai fait, dit ou entendu. Des êtres et des choses, de l'essentiel comme du détail, fût-il mièvre, insignifiant ou superfétatoire.  Je garde, je stocke, j'accumule, sans discernement ni hiérarchie, m'encombrant d'un accablant fardeau qui en permanence travaille mon âme et mes os. Je voudrais parfois libérer mon esprit et me déprendre de ma mémoire. Trancher dans le passé avec un hachoir de boucher. Mais cela m'est impossible...Je n’oublie rien. Je suis privé de cette capacité d’effacement qui nous permet de nous alléger du poids de notre passé. En le retaillant saison après saison, en lui donnant une forme acceptable, nous nous efforçons de le cantonner dans des domaines raisonnables. C’est la seule façon de lutter contre cette fonction d’enregistrement envahissante et destructrice. Mais quelle que soit l’ampleur de nos coupes, année après année, tel un lierre têtu et dévorant, lentement, notre mémoire nous tue. Préface du livre.

 Je pense à la mémoire, à son emprise accablante, à ces lests écrasants qu'elle dépose en nous avec une constance désarmante. Parfois lorsque je suis en haut, à ma table, ou dans mon lit, à attendre le sommeil, je la sens se glisser à mon côté, serpent à l'épiderme glacial, afin de m'infliger les films de ses archives, tout ce que je n'aurais pas dû voir, tout ce que je redoutais, (...).
On ne devrait plus se rappeler d'où l'on vient ni où l'on va. J'aimerais appartenir à une espèce amnésique, conçue pour vivre au jour le jour, débarrassée de l'histoire, filant sa vie au gré des rythmes nycthéméraux. Sans aucun patrimoine. Ni passif. Ni génétique. Pas de lien, pas de cariotype. Une aube, un jour, et voilà tout. Chaque matin l'odeur du neuf. Et tout un monde à flairer. Je ne sais à quoi pourrait bien ressembler une pareille vie, mais elle ne pourrait être pire que celle que nous essayons de mener sous l'envahissant protectorat de la mémoire. p.62

1 commentaire:

Véronique a dit...

Petit mot sur le passage de la mémoire.

N'y a-t-il pas un peu de vérité? Ce serait bien de se lever sans mémoire. Pas toujours, non, mais parfois, il serait bon d'y arriver. Par contre, même les animaux se souviennent jusqu'à un certain point. Il s'agit de les observer pour s'en rendre compte.

Donc, en réfléchissant bien, je préfère me souvenir et apprendre de ce qui me revient en mémoire.

Belle écriture.